Le Libor australien montre l’exemple en arrêtant le déclaratif

le 18/04/2013 L'AGEFI Hebdo

La publication du taux de référence interbancaire va désormais se fonder sur des transactions réelles. Un changement suivi de près en Europe.

L’association des marchés financiers australienne (Afma) a décidé de revoir le mode opératoire de fixation du taux de référence interbancaire australien, appelé BBSW (l’équivalent du Libor). Jusqu’alors déterminé en fonction des déclarations des ordres d’achat et de vente constatés par les banques réunies en un panel (comme c’est le cas pour le Libor ou l’Euribor), celui-ci sera désormais calculé à partir des fourchettes de prix observées lors des transactions sur le marché. « Les 'brokers' et places de marché électroniques seront reliés via un système informatique qui collectera directement les données, explique David Lynch, directeur de l’Afma. A partir des prix observés, une moyenne sera calculée et deviendra le taux de référence pour la journée. »

Un mode représentatif

Ce système de collecte informatique permettra de disposer de statistiques concernant les transactions (prix, volumes…), une mesure réclamée par beaucoup pour améliorer la transparence de ces marchés. Elles seront néanmoins publiées avec « un délai afin de préserver la liquidité et les intérêts des opérateurs ». Le fixing des six taux de référence (de un à six mois) du BBSW restera quotidien. Les deux principaux brokers du marché, Ipac et Ullet Prebon, ont d’ores et déjà déclaré participer à la mise en place de ce projet. D’autres devraient suivre.

La décision australienne est à saluer, pour de nombreux spécialistes : « J’y vois deux avantages. Elle rend beaucoup plus difficile toute tentative de manipulation de cours et cette nouvelle méthodologie est plus représentative de la réalité du marché », commente Rosa Abrantes-Metz, spécialiste américaine des marchés interbancaires et auteur de l’étude Libor, Manipulation ? en 2008. Aujourd’hui, moins de la moitié des benchmarks de taux d’intérêt en Europe, aux Etats-Unis et en Asie sont basés sur les transactions réelles, selon une étude de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (Iosco).

Moins touché par la crise

Plusieurs observateurs affirment que cette solution pourrait être techniquement adoptée par les indices tels que le Libor ou l’Euribor. « Nous avons interrogé les plates-formes qui recueillent les transactions ; elles peuvent mettre en place les outils nécessaires à ce type de collecte de données, confirme Rama Cont, chercheur au CNRS. Il ne manque que l’aval des régulateurs. » Un avis contesté par l’Euribor. « Moins touché par la crise, le marché australien est beaucoup plus actif que le nôtre, nuance Cédric Quemener, directeur d’Euribor-ETF. Au-delà de trois mois, nous n’avons pas suffisamment de transactions pour établir un indice basé sur les échanges réels. Un tel 'benchmark' n’aurait aucun sens. » Du côté du Libor, même constat. « Il y a peu de transactions passées à trois ou six mois », constate René Defossez, stratégiste taux chez Natixis. Pourtant, elles représentent l’essentiel de l’utilisation faite du Libor : l’indice est utilisé comme taux de référence à 60 % sur le 3 mois et à 34 % sur le 6 mois, le solde étant à un mois ou moins ! En comparaison, en Australie, la liquidité quotidienne sur les taux à 3 mois varie de 500 millions à un milliard de dollars, « des niveaux de transactions très actifs », commente David Lynch qui reconnaît néanmoins que les taux interbancaires australiens à 9 et 12 mois ont cessé d’être publiés en janvier 2009, le marché s’étant trop contracté.

Pourtant, soulignant les avantages d’un indice basé sur des transactions réelles, des observateurs insistent. « Même s’il n’y a qu’un nombre limité de transactions, elles correspondent à la réalité des échanges. Pourquoi ne pas s’appuyer dessus ? », s'interroge l’un deux. « Parce qu’elles ne sont pas représentatives de l’ensemble du marché européen, répond Cédric Quemener. Notre panel compte 38 banques, dont des espagnoles, des allemandes ou une grecque. La qualité du ‘fixing’ est reconnue de tous. »

Confirmant ces objections, le rapport Weathley (publié en septembre 2012 à la suite du scandale du Libor) a évoqué la possibilité du passage d’un Libor basé sur du déclaratif aux transactions réelles mais sans le retenir. Pour autant, y voir une fin de non-recevoir définitive serait une erreur, Weathley concluant que « dans l’éventualité où le marché interbancaire devait se reprendre, la construction d’un indice basé sur les transactions réelles pourrait être reconsidéré ».

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