LCH.Clearnet, objet de convoitise des entreprises de marché

le 09/06/2011 L'AGEFI Hebdo

La complémentarité des activités est très forte dans le domaine prometteur des dérivés de gré à gré, les marchés s’organisant de plus en plus en « silos ».

LCH.Clearnet connaît décidément une trajectoire mouvementée. La chambre de compensation franco-anglaise aurait reçu des offres de rapprochement de la part de Nasdaq OMX, de Nyse Euronext associé à Markit ou encore du LSE (London Stock Exchange), ce dernier ayant toutefois démenti la rumeur. Un regain d’intérêt qui fait suite à une certaine désaffection : Nyse-Euronext a annoncé l’an dernier la rupture de son contrat avec LCH.Clearnet à partir de fin 2012, le LSE et le LME (London Metal Exchange) semblant tentés par une même voie.

« Les prix qui ont été indiqués par la rumeur du marché reflètent les intérêts des acteurs, Nasdaq ayant fait l’offre la plus basse compte tenu de son intérêt stratégique faible pour LCH.Clearnet même s’il veut consolider sa présence en Europe, précise Vincent Lefèvre, associé chez Eurogroup Consulting. Associé à Markit, Nyse Euronext proposerait environ 500 millions dans un contexte où il n’a pas de solution interne pour l’après-2012 alors qu’il n’aura pas encore intégré le silo Deutsche Börse. Par ailleurs, LCH.Clearnet pourrait enrichir l’offre du nouveau groupe. »

Rémunération plus forte

De fait, Eurex Clearing, détenu par Deutsche Börse, ne traite pas les dérivés OTC (de gré à gré), enjeu majeur des mouvements actuels car l’obligation, bientôt, de les compenser ouvre la perspective d’une activité mieux rémunérée. Or LCH.Clearnet est déjà bien positionné sur ce marché. « LCH.Clearnet Ltd détient une part de l’ordre de 50 % sur le marché des dérivés de taux non cotés, indique Pierre-Dominique Renard, directeur marché et infrastructure chez LCH.Clearnet SA. La société va en outre démarrer une activité sur les dérivés de change d’ici à fin 2011. A Paris, nous développons fortement l’activité des dérivés de crédit, dans l’objectif de rivaliser avec Ice Clear. Notre plan de charge prévoit la compensation des dérivés de crédit à sous-jacent unique. » L’activité est en effet focalisée pour l’instant sur les dérivés de crédit sur indices.

Les offres présentes émanent toutes d’entreprises de marché et celles-ci ont un avantage particulier, dans les dérivés, à détenir en leur sein le clearing car ces instruments ne sont pas fongibles. « En possédant sa propre structure de compensation sur les dérivés, un marché réglementé peut avoir la ‘propriété’ de la position ouverte sur les contrats, remarque Pierre-Dominique Renard. Or celle-ci révèle la liquidité intrinsèque d’un marché dérivé, indication de valeur plus précieuse que l’activité, laquelle peut être artificiellement gonflée par les interventions de teneurs de marché. »

Les offres prennent en compte la supériorité des modèles en forme de « silo », consacrée par la mainmise prochaine de Deutsche Börse sur Nyse Euronext. « La concentration va se faire autour des groupes de places boursières, pour des raisons à la fois financières, techniques et réglementaires, estime Vincent Lefèvre. La concentration mettra en présence des grands groupes ayant la taille critique, capables d’attirer les émetteurs et les investisseurs avec une panoplie de services depuis l’exécution jusqu’au débouclement. Je ne crois pas que les chambres de compensation pourront encore se développer sans être adossées à un groupe boursier. » Les perspectives seraient toutefois différentes selon les instruments. « Le modèle en silos peut relever d’une certaine logique sur la partie réglementée mais ce n’est pas vrai sur les dérivés de gré à gré, l’évolution favorisant plutôt une spécialisation avec des lignes de métiers où la gouvernance associe plus les utilisateurs, car les produits restent sur mesure », explique Pierre-Dominique Renard.

Reste que les Bourses se présentent comme des actionnaires mieux acceptés par les utilisateurs des chambres de compensation. « L’actionnariat actuel de LCH.Clearnet pourrait ne pas être un avantage dans la course au ‘clearing’. Une Bourse, en quelque sorte gendarme du marché et proche des régulateurs, présente en outre l’avantage de ne pas être l’une des parties prenantes comme le sont les banques dans une transaction, exposent David Sagnier, président, et Julien Remaud, en charge du développement de RFQ-hub, une société qui propose aux gérants et aux banques d’automatiser et de standardiser l’exécution des ordres sur produits dérivés. Tant Eurex, détenu par Deutsche Börse, que l’Opra (Options Price Reporting Authority, NDLR) américaine, détenue par les Bourses qui l’utilisent, représentent des structures appréciées de ce point de vue par leurs utilisateurs. »

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