Les Landesbanken pénalisées par leur structure de capital

le 14/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Les tests de résistance prévus en juin devraient révéler que les banques publiques allemandes sont parmi les moins bien capitalisées de la zone euro.

Dans les banques régionales allemandes, la nervosité est à son comble. « En considération des retards dans la définition de paramètres importants des tests de résistance », finalement communiqués le 8 avril, la Bundesbank et la BaFin ont demandé un report de deux semaines pour fournir à l’Autorité bancaire de supervision (EBA) les documents qu’elle attend à la fin du mois pour réaliser de nouveaux stress tests (tests de résistance). En jeu : la composition des fonds propres « durs » (Core Tier one) des Landesbanken. L’EBA refuse d’y incorporer les participations « silencieuses » des régions, pourtant majeures dans certains établissements. Les plus concernés sont Helaba, de la région de Hesse, et NordLB, en Basse-Saxe, les deux Landesbanken les plus stables du secteur : elles ont traversé la crise sans aide du pouvoir publique. En prenant en compte les capitaux des régions, elles auraient réussi les stress tests de l’an dernier (voir le tableau).

D’autres Landesbanken comme celle de Bavière, BayernLB, pourraient être pénalisées. Les responsables politiques des régions autonomes tirent donc à boulets rouges contre l’EBA, menaçant de porter plainte et de mobiliser « tous les moyens juridiques » à leur disposition pour s’opposer à ses règles. « Il est inadmissible de participer aux ‘stress tests’ sous les conditions définies par l’EBA », explique le ministre des Finances de Basse-Saxe, Hartmut Möllring. Même son de cloche de la part du directeur de la fédération des banques privées (BdB), Dirk Jäger. « Il serait inapproprié d’organiser dès à présent les ‘stress tests’ selon les règles de Bâle III », estime-t-il.

Vaste recapitalisation

Le Comité de Bâle refuse de reconnaître cette particularité allemande qui fait qu’une grande partie des fonds propres des banques publiques est composée de capitaux hybrides sur lesquels les banques doivent verser des intérêts à leurs actionnaires. En cas d’échec de leurs banques aux tests, les autorités locales seraient obligées de lancer de vastes recapitalisations, que personne n’ose chiffrer en cette période électorale où tous les grands partis au pouvoir subissent de graves revers. Selon le ministre des Finances de Hesse, Thomas Schäfer, cette affaire est d’autant plus injuste que l’établissement le plus touché par la crise, WestLB, ne le serait pas parce qu’il a été largement recapitalisé par l’Etat fédéral. Il en va de même pour Commerzbank, le numéro deux de la finance allemande, dont la recapitalisation annoncée la semaine dernière demeure soutenue par l’Etat, son actionnaire de référence.

La proposition de certains responsables politiques de renoncer à une participation aux stress tests est toutefois jugée risquée, vu la méfiance qu’une telle décision susciterait sur les marchés financiers et dans les agences de notation. Dans leur désespoir les régions se sont tournées vers Berlin, mais le gouvernement garde ostensiblement le silence. Quelle que soit l’issue de ce problème, la puissante fédération de l’industrie allemande (BDI) réclame au gouvernement et aux régions de trouver enfin une solution. « L’industrie a besoin d’une banque publique stable, capable de financer les investissements des PME », a dit le président du BDI, Hans-Peter Keitel. Le discours n’est pas nouveau. D’ailleurs, selon des hauts fonctionnaires du ministère des Finances cités sous couvert d’anonymat par la presse, Berlin observerait le bras de fer entre l’EBA et les régions autonomes avec une certaine bienveillance. « Au cas où certaines Landesbanken devraient échouer aux tests de résistances, cela pousserait leurs actionnaires, les régions et les caisses d’épargne à abandonner enfin leur résistance au processus de restructuration, aujourd’hui au point mort », estiment-ils.

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