L’informatique des banques se veut de plus en plus éco-responsable

le 12/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Le secteur financier multiplie les initiatives pour améliorer la consommation énergétique des équipements. La virtualisation et le « nuage » sont des voies possibles.

La facture électrique d’une direction informatique représente 10 % de son budget, une part qui pourrait passer, d’après le cabinet de conseil SterWen, à 30 % dans les cinq prochaines années si rien n’est entrepris pour améliorer l’efficacité énergétique des équipements. Cette évolution paraît d’autant plus critique pour un directeur de service informatique (DSI) que les technologies de l’information dont il est responsable dépendent entièrement de l’électricité. D’où les progrès du « green IT », l’« informatique éco-responsable », qui vise à minimiser l’impact écologique et économique des systèmes en réduisant la consommation électrique et la production de déchets et en optimisant l’utilisation des ressources.

Fortement dépendant de l’informatique, le secteur financier représente un consommateur majeur d’électricité et il fait logiquement office de pionnier dans le domaine du green IT. « Tous les acteurs du secteur s’y sont mis, avec un même objectif mais des ambitions différentes », précise Bruno Berthon, responsable mondial de l’offre de services développement durable chez Accenture. En guise d’exemple, le groupe de conseil a collaboré avec une grande banque française pour optimiser l’efficience de ses centres de données : le chantier a débouché sur une baisse significative des besoins en investissement et un potentiel d’allègement de 35 % de la facture énergétique entre 2010 et 2012 - soit une économie de 6 millions d’euros par an sur une facture annuelle de plus de 15 millions. « L’impact financier est encore plus spectaculaire dans d’autres pays européens où les tarifs de l’electricité sont plus élevés, comme en Italie », ajoute Bruno Berthon.

La virtualisation de l’infrastructure informatique constitue un levier majeur dans toute démarche de « green IT ». Consistant à mettre en place des machines virtuelles qui exécutent les applications en répartissant le travail sur les serveurs physiques, cette technique augmente le taux d’utilisation des équipements informatiques et abaisse par conséquent la consommation énergétique unitaire. Ainsi, avant 2007, le groupe de prévoyance Agrica n’utilisait en moyenne que 20 % de la puissance de ses serveurs sur la tranche 7h-19h, et encore moins pendant la nuit. Comme la place venait à manquer dans les deux salles serveurs, le groupe a virtualisé ses machines à l’aide du logiciel VMware. Les besoins physiques ont diminué drastiquement, l’équipement passant de 180 serveurs Dell à 25 pour 350 machines virtuelles hébergées. « De quoi réaliser des économies sur la consommation, mais aussi sur le coût d’achat, la maintenance et l’administration », se félicite Julien Mousqueton, de la DSI.

Sécurité accrue

Le groupe a ensuite décidé de virtualiser les postes de travail des collaborateurs du siège et des dix-huit agences, toujours avec VMware. Quelque 750 personnes sur un total de 850 employés se connectent à présent sur un « client léger », c’est-à-dire un simple écran connecté via le réseau au centre de données. Ce projet a permis de diminuer de 45 % à 50 % la consommation énergétique liée aux postes de travail. Autre avantage, les commerciaux peuvent à présent se connecter à leurs données lorsqu’ils sont à l’extérieur, à l’hôtel, dans un cybercafé ou sur le poste physique d’un client. La sécurisation est assurée par des mots de passe et l’utilisation de jetons. Le premier déploiement, qui concernait 150 collaborateurs, incluait les membres du comité exécutif et les directions régionales : une façon d’impliquer les décideurs en amont du projet.

En 2009, le groupe Agrica a finalement étendu le mouvement de dématérialisation au stockage et au réseau à l’aide des solutions Cisco et Pillar. Les deux baies de stockage sont à présent répliquées en temps réel (voir le schéma) : de façon dynamique, les requêtes vont être dirigées vers l’une ou l’autre des baies en fonction de la charge. Quant à la virtualisation du réseau, elle a permis de réduire le nombre de câbles : de treize par serveur, il est passé à quatre, soit deux paires redondantes, l’une pour l’alimentation et l’autre pour le réseau.

Mais la virtualisation n’a pas seulement servi la politique de responsabilité sociale et environnementale (RSE) chez Agrica en réduisant la consommation et le gain de place. Elle a aussi étendu ses bénéfices à la sécurité du groupe. En effet, les serveurs et les équipements de stockage étant dupliqués sur deux sites distants, la production est répartie entre ces deux sites. En cas de risque extrême (inondation, grève…) sur un centre, l’ensemble de la production est basculée sur l’autre emplacement en quelques minutes. « Pour tester l’efficacité du système, nous avons basculé au mois d’août toute la production des serveurs et postes de travail sur un site sans prévenir les utilisateurs, témoigne Julien Mousqueton. Ils ne se sont rendu compte de rien. »

Des projets à grande échelle

Les banques ne sont pas en reste pour promouvoir l’informatique écologique. Crédit Agricole CIB mène actuellement des projets similaires de « green IT » à grande échelle : pour 4.200 serveurs éligibles, environ 35 % ont été virtualisés à l’aide de VMware et de Microsoft Hyper-V, les deux solutions leaders du marché. « Nous visons un ratio de 80 % d’ici à deux ans », avance le DSI Pierre Dulon. La mise en exploitation d’une nouvelle application est devenue une opération banale : « Auparavant, il fallait trois mois pour livrer aux développeurs un environnement qui tourne ; à présent, grâce à la structure virtualisée, cela prend une heure ! » De surcroît, grâce à l’adoption du logiciel de distribution de calcul DataSynapse, l’utilisation des serveurs de calcul a été optimisée et leur nombre est passé de 4.000 à 3.200, pour un taux d’utilisation qui s’élève à présent à 70 %. « Ces actions ont généré des économies de l’ordre de plusieurs millions d’euros », évalue Pierre Dulon.

Crédit Agricole CIB s’est par ailleurs lancé dans un projet innovant consistant à utiliser des cartes graphiques à la place des processeurs « classiques » pour le calcul réglementaire du « comprehensive risk ». « La programmation a été adaptée à ces cartes. Le calcul requiert une dizaine de serveurs, dix fois moins que si nous avions opté pour des processeurs classiques, souligne Pierre Dulon. Nous menons des études en vue de généraliser cette méthode. »

Le « green IT » se matérialise enfin par des actions moins spectaculaires mais non moins efficaces. Crédit Agricole CIB a ainsi réduit de 20 % le nombre d’imprimantes et de 25 % la consommation de papier et d’encre en remplaçant les imprimantes individuelles par des imprimantes d’étage et en modifiant les paramétrages par défaut (noir et blanc, recto-verso). Les comportements se sont adaptés et la sensibilisation continue : une campagne incite les collaborateurs à éteindre leur poste de travail le soir. Petits gestes et grands projets font recette dans le « green IT ». 

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