Dossier Données et indices de marché

L’indice, un choix aux multiples implications pour un gérant ETF

le 11/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Découpage géographique, poids sectoriel et intégration des dividendes sont autant d’éléments propres à la méthodologie de chaque fournisseur.

Le choix d’un indice se révèle crucial dans la stratégie d’un gérant ETF (exchange-traded fund). « Face à la prolifération du nombre d’ETF sur le marché, la création d’un produit indiciel pourrait sembler aisée. En réalité, un important travail de réflexion est réalisé par les promoteurs d’ETF autour du choix des indices sous-jacents, les indices ayant de multiples implications sur le portefeuille de l’investisseur », explique Hortense Bioy, directrice de la recherche fonds passifs chez Morningstar. Dans cette sélection, « trois facteurs entrent en ligne de compte : la pertinence de la stratégie et de la construction de l’indice, la popularité et la reconnaissance de la marque, et le coût de la licence », synthétise François Millet, responsable des produits solutions indicielles chez Lyxor.

Pallier les contraintes réglementaires

Le premier facteur se révèle particulièrement engageant. « Chaque fournisseur d’indices développe une méthodologie qui lui est propre, indique Eric Wohleber, directeur général de BlackRock France. Contrairement au DAX, le CAC 40 n’inclut pas les dividendes. Le Nikkei repose sur une moyenne arithmétique pondérée par le prix de l’action et non par la capitalisation. »

Des différences peuvent intervenir dans le découpage géographique opéré au sein des indices. « La Corée du Sud est considérée comme un pays émergent par certains, tels que le MSCI, et comme un pays développé par d’autres, à l’image du Footsie », relève François Millet. Dès lors, la sélection se fait au cas par cas. « Pour une allocation pays, les indices locaux, comme le CAC 40 pour la France ou le DAX pour l’Allemagne, sont très populaires, précise Eric Wohleber. Au niveau international, le MSCI est plus utilisé, notamment pour les indices régionaux comme l’Europe ou les marchés émergents. » Du choix d’un indice découlent par ailleurs des pondérations sectorielles plus ou moins fortes. « Le Dow Jones IA présente un biais sectoriel très industriel par définition et a toujours sous-représenté les valeurs technologiques », remarque Eric Wohleber.

Au-delà de ces différences, les gérants doivent pallier les contraintes réglementaires. « Pour répondre aux normes Ucits, les fonds indiciels doivent être suffisamment diversifiés, une action ne pouvant ainsi représenter plus de 20 % de l’indice, une limite qui peut exceptionnellement atteindre 35 % », atteste Hortense Bioy. Les fournisseurs d’indice s’adaptent, le MSCI ayant ainsi créé l’indice MSCI Russia Capped Index en vue de respecter ce critère et de permettre une réplication par des ETF européens.

Un autre critère d'importance est la taille de l’indice. « Plus le nombre de composants est élevé, à l’image de certains indices obligataires comptant plus de 1.000 sous-jacents, plus l’indice sera difficile à répliquer, poursuit la professionnelle. En revanche, avec un indice trop ciblé, comprenant moins d’une dizaine de valeurs (à l’image de l’ETF Tiger Banks suivant les valeurs bancaires coréennes), l’investisseur peut perdre le bénéfice de la diversification. »

Au-delà de la méthodologie, la reconnaissance de la marque constitue l’un des trois critères de choix du gérant, spécifiquement en Europe. « La clientèle des gérants ETF sur le marché américain est composé pour moitié de particuliers, contrairement au marché européen où les institutionnels sont largement dominants, estime Hortense Bioy. Il semble dès lors plus aisé de changer d’indice outre-Atlantique, la clientèle 'retail' paraissant de moins en moins attachée à la réputation des fournisseurs d’indices et davantage à celle des promoteurs d’ETF, contrairement aux investisseurs plus sophistiqués. » Vanguard a ainsi annoncé l’an passé un changement de ses fournisseurs d’indices aux Etats-Unis. « De nombreux fournisseurs présentent aujourd’hui des produits de qualité. Nous cherchons dès lors à proposer à nos clients une offre au meilleur prix », confie Guy Parent, responsable du développement chez Vanguard en France.

Car le coût d’une licence, généralement intégré dans les frais de gestion et payé par l’investisseur, peut se révéler élevé sur une base relative. Selon un bon connaisseur du dossier, alors que les frais de gestion d’un ETF très liquide s’élèvent en moyenne à quelque 0,25 %, le prix de la licence en représente 10 % à 15 %. « Le coût de la licence intègre deux postes : l’accès aux données permettant de répliquer l’indice, généralement sous la forme d’un coût fixe, et l’utilisation optionnelle de la marque de l’indice, le plus souvent sous la forme d’un coût variable lié aux encours du produit, explique François Millet. Dans les faits, les gérants indiciels utilisent presque systématiquement le nom de l’indice, exception faite de certains mandats. »

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