Dossier / Voyages d’affaires

L'horizon s'éclaircit à nouveau

le 27/01/2011 L'AGEFI Hebdo

La crise a pérennisé de nouvelles habitudes, plus responsables, des réductions de coûts dans les déplacements professionnels et les rencontres à distance.

Si les niveaux phares de 2008 ne sont pas égalés, les déplacements professionnels connaissent une embellie : « Les banques, les cabinets d’audit-conseil et plus globalement l’industrie financière ont été les premiers à couper leurs budgets de déplacements, rappelle Eric Audoin, vice-président directeur général France d’American Express Voyages d’Affaires. En 2010, ce sont eux qui ont permis le redécollage de l’activité avec de nouvelles habitudes. » Sur un marché français de 13 à 14 milliards d’euros (hors frais liés à l’automobile qui ajoutent une dizaine de milliards aux budgets), certains comportements induits par la crise deviennent pérennes, notamment la recherche d’une solution aux déplacements ou un recours à des transports à bas coûts dans le cadre de politiques de voyages plus strictes. « En 2009, la mise en place de règles a été croissant, dans un souci de rentabilité des voyages, précise Eric Audoin. Elle s’effectue désormais au siège et s’impose de façon homogène sur les différents sites des groupes. Les décideurs, c’est-à-dire les directeurs achats, ont poussé pour une intégration totale, avec des outils de réservations online en amont. Pour cela, ils travaillent avec les TMC ('travel management companies', NDLR). Et pour un poste plus difficile à capter comme celui de l’hôtellerie, ils nous demandent des missions de conseil. En France, cette partie de notre activité a doublé entre 2009 et 2010. » Ainsi, de nouvelles - et bonnes - habitudes ont été prises.

L’utilisation du train sur les trajets de moins de trois heures s’est ainsi généralisée au sein des entreprises, telles que HSBC France, pour le plus grand bonheur des sociétés ferroviaires comme Eurostar, qui relie Londres à Paris et Bruxelles : sur le premier semestre 2010, le trafic a progressé de 6 % pour atteindre 4,6 millions de voyageurs, tandis que le chiffre d’affaires a augmenté de 18 % sur une année à 484 millions d’euros. La société revendique ainsi plus de 80 % de part de marché sur ses deux routes comparé aux autres moyens de transports (voitures, ferries ou avions).

Décollage en douceur

Pénalisés de 2007 à 2009, les transporteurs aériens constatent aussi le retour de la clientèle affaires bancaires sur leurs lignes : « Au cours de la crise, les banques étaient plutôt restées sur une politique de classe identique (la classe affaires, NDLR) mais avaient réduit de manière drastique le volume de leurs déplacements », souligne Soline de Montrémy, directeur des ventes entreprises et agences au sein du groupe Air France-KLM. Mais si l’embellie se fait sentir, le recours à des tarifs restrictifs se généralise : « Air France-KLM a créé, pour les hommes d’affaires, des tarifs restrictifs aux conditions adaptées à leurs besoins, mais ils nécessitent souvent une nouvelle organisation de voyage pour la société, par exemple anticiper la réservation », poursuit la responsable. Un pari que les établissements financiers sont nombreux à vouloir tenir.

« Actuellement, le taux de voyages restrictifs évolue dans une fourchette comprise entre 7 % et 10 % et nous souhaiterions pouvoir doubler ce pourcentage cette année », explique Caroline Boissy, responsable des achats services au sein du groupe bancaire Société Générale. L’utilisation des self-booking tools (SBT), ou outils de réservation en ligne, constitue aussi l’un des axes de travail sur lesquels les entreprises ont continué à travailler. Le groupe Société Générale, qui collabore avec le fournisseur technologique KDS, revendique ainsi un taux d’adoption en ligne de 72 % sur les réservations de déplacements allers-retours et entend maintenir à l’avenir ce fort taux d’adoption. Le durcissement des négociations avec les fournisseurs hôteliers demeure d'actualité avec des réductions de tarifs de 15 % à 20 % comparé à 2008. Mais les résultats semblent à la hauteur des espérances. « Entre 2008 que nous considérons comme une année de référence et 2010, le nombre de transactions de voyages a progressé de 2 % mais les volumes ont baissé parallèlement de 16 %, ce qui signifie que le coût moyen d’un déplacement est moins cher en 2010 qu’en 2008 », détaille Caroline Boissy. Fait significatif : la transformation de la politique voyage s’est accompagnée d’un changement de comportement : « Un tiers de nos salariés optent d’emblée pour des vols en classe économique même quand la durée de vol est supérieure à 4 heures, poursuit Caroline Boissy. De manière générale, nos voyageurs sont responsabilisés aussi bien sur le contenu du déplacement que sur son coût. »

Bien-être préservé

Les nouvelles politiques en matière de déplacements ne relèguent pas au second plan le bien-être des salariés. Aux formules hôtelières, on préférera ainsi les appartements hôtels pour des séjours supérieurs à quatre nuitées, comme pour les collaborateurs de BNP Paribas. Regroupant 35 résidences, Adagio, société conjointe entre Accor et le groupe Pierre & Vacances, a enregistré une excellente année 2010, caractérisée par une augmentation de 14 % du volume d’affaires du segment affaires en une année : « Nos clients bancaires sont particulièrement friands de nos offres pour tout ce qui concerne les formations longues de personnels étrangers, indique Laurent Basnier, directeur général d’Adagio. Cette clientèle a besoin de calme : le déplacement suppose une perte de repères, et le confort permet de remédier à cette situation. »

Quand le déplacement n’est pas nécessaire, les formes alternatives de rencontres prennent le relais. Dernier outil en date : la téléprésence (lire page 31). Selon Cisco, l’investissement est amorti en un peu plus de deux ans. Les plus grandes entreprises en développent l’usage pour préparer un déplacement ou pour remplacer une visite, plus souvent interne qu’externe. « On estime à 5 % ou 6 % les voyages laissant place à une alternative technologique », avance Eric Audoin. Si rien ne remplace les réunions de visu avec les clients, le voyage doit maintenant se justifier par sa finalité. « La direction achats n’intervient pas dans la gestion quotidienne des déplacements au sein des différentes entités, explique Sabrina Adjedj, responsable des achats de voyages au sein du groupe Société Générale. En revanche, notre objectif est de responsabiliser le manager des équipes sur la nécessité du déplacement. » De l’aveu des professionnels, les entreprises ne savent pourtant pas vraiment en mesurer la rentabilité…

Corrélée à celle de l’activité des entreprises, la croissance des budgets de voyages d’affaires est ainsi attendue à +3,2 % en 2011 au niveau mondial, même si cela couvre de fortes disparités. Selon le baromètre American Express Voyages d’Affaires, plus de 50 % des entreprises allemandes et scandinaves anticipent une augmentation de leur budget, suivies par les belges (41 %) et les britanniques (38 %), plus optimistes que leurs homologues françaises (24 %) ou espagnoles (13 %). Mais les destinations ont changé. IATA, l’Association internationale du transport aérien, estime que le bénéfice net cumulé du secteur (8,9 milliards de dollars, contre 9,9 milliards de pertes en 2009), est tiré en très grande partie par la Chine et l’Inde, et dans une moindre mesure par l’Amérique du Nord. Et le décalage entre les compagnies asiatiques et leurs homologues européens devrait perdurer en 2011, se traduisant par une hausse de trafic mondial de 5 % et 5,3 milliards de bénéfice cumulés, dont 3 milliards pour les compagnies asiatiques. C’est un fait, la croissance des voyages d’affaires est désormais liée au développement des affaires en dehors de l'Europe.

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