L’ex-Cedicam cherche des volumes hors du groupe Crédit Agricole

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Rebaptisée Crédit Agricole Cards & Payments, la société commerciale poursuit la construction de sa plate-forme européenne de traitement des paiements.

Amortir les coûts, moderniser les outils, s’adapter au Sepa (Single Euro Payments Area) : la problématique du traitement des paiements est la même pour toute l’industrie bancaire. En France, BNP Paribas et Natixis (groupe BPCE) ont donné le coup d’envoi en 2005, s’alliant à 50/50 dans Partecis. Au gré des acquisitions du premier (BNL et Fortis), la plate-forme a pris une envergure européenne. C’est aussi la vocation de Tansactis, la coentreprise de Société Générale et La Banque Postale, née en 2008. C’est enfin l’ambition de Crédit Agricole. Toutefois, la banque verte - qui avait envisagé fin 2009 de rapprocher le Cedicam, son GIE (groupement d’intérêt économique) spécialisé dans le traitement des paiements, d’Equens, outil des banques néerlandaises pour les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie et la Finlande - a décidé de faire cavalier seul. Le groupe dispose pour cela de solides bases domestiques : 7,5 milliards d’opérations traitées en 2011, soit les volumes de paiement des caisses régionales (pour 75 % du total), de LCL et de Crédit Agricole Consumer Finance, dont la moitié provient des transactions cartes et distributeurs automatiques.

Néanmoins, « le groupe avait besoin de rénover son système d’information et de concentrer ses paiements sur une plate-forme unique », explique Jean-Luc Pothet, secrétaire général de l’ex-Cedicam, devenu fin mars Crédit Agricole Cards & Payments. La première étape a donc été de lancer la construction d’une plate-forme européenne, nécessitant une refonte du système d’information (SI) monétique (pour les porteurs de cartes, commerçants, guichets automatiques) et du SI Flux (pour les autres moyens de paiement que la carte, essentiellement virements et prélèvements européens). « Cette évolution informatique change l’organisation », admet Jean-Luc Pothet. Elle va aussi de pair avec l’abandon des cinq Systèmes d’Informations Régionaux (qui traitent les paiements) au profit d’une « nouvelle informatique convergente évolutive » (projet « NICE »), un SI unique. Si la centralisation n’est pas dans les gènes mutualistes, elle semble de toute façon inéluctable alors que des acteurs mondiaux du traitement des paiements se constituent au gré de rapprochements, sur le modèle de First Data.

Appels d’offres

« Notre projet de plate-forme multibanque et multidevise a démarré avant NICE, qui nous permettra de ne raccorder qu’un SI au lieu de cinq, indique Jean-Luc Pothet. Mais nous avons revu le calendrier : il a été lancé en 2008 et aboutira fin 2014. » Les premiers blocs fonctionnels de la plate-forme se mettent maintenant en place. « A partir de cette année, les 22.000 automates du groupe en France seront progressivement raccordés, précise-t-il. Nous disposerons aussi du module de gestion des risques qui permet de lutter efficacement contre la fraude - et constitue un véritable atout dans les appels d’offres. »

En effet, « alors que la migration Sepa est annoncée pour février 2014, le groupe nous demande d’aller chercher des volumes sur le marché, souligne Jean-Luc Pothet. Ce qui explique le changement de statut et de marque ». Crédit Agricole Cards & Payments est une société commerciale : « Les adhérents du GIE deviennent des clients-actionnaires, ajoute-t-il. Nous répondons maintenant à des appels d’offres et nous pourrons à terme envisager des partenariats industriels avec des acteurs européens qui sont à la recherche d’une plate-forme de paiement performante et compétitive. En parallèle, nous avons pour objectif de rallier les filiales européennes du groupe, en commençant par l’Italie et la Pologne. Au-delà des banques, les grands remettants peuvent s’intéresser à notre outil. »

S’il répond à l’européanisation des systèmes de cartes et paiements, le projet de la banque verte se justifie aussi par une industrialisation du métier. « La part de nos coûts fixes dans nos prix de revient est sensiblement supérieure à 50 % », dévoile Jean-Luc Pothet. En 2010, le rapport d’activité du Cedicam mentionne 193,1 millions d’euros de budget de fonctionnement, dont 31,1 millions liés à la construction de la plate-forme européenne de paiement. « Si nous doublons les volumes traités, nous abaisserons sensiblement nos prix de revient, prévoit le secrétaire général. Pour nos clients externes, notre facturation sera fixée au cas pas cas, selon les volumes apportés et l’ampleur de la demande de services. » Car Crédit Agricole Cards & Payments disposera d’une large couverture de la chaîne de valeur des paiements.

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