Dossier

L'équation à plusieurs inconnues des fonds euro-croissance

le 05/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Complexes en termes de valorisation comme de commercialisation, ils nécessitent une adaptation des systèmes de gestion et de « reporting ».

Fonds euro-croissance : une valorisation à plusieurs inconnues - Photo : Fotolia

C'est parti. Le 13 novembre, le gouvernement a lancé les contrats d’assurance-vie dits euro-croissance, en discussion depuis la publication du rapport Berger-Lefebvre au printemps. Présenté dans le projet de loi de finances rectificative pour 2013, ce nouveau produit d’épargne hybride se situe entre les fonds euro sécurisés, car investis en obligations, et les unités de comptes, reposant sur les actions plus risquées. Une proposition séduisante sur le papier.

« L’euro-croissance correspond bien à la mission de l’assureur, qui est de gérer l’épargne sur le long terme et de financer l’économie », remarque Jean-François Dupouy, directeur des clientèles patrimoniales et retraite de Predica. En offrant une garantie à terme, le fonds euro-croissance va permettre d’investir dans des actifs plus risqués, donc d’aller chercher un supplément de rendement ». « En théorie, le fonds euro-croissance permet une meilleure gestion actif-passif et une moindre exigence en capital économique. En pratique, cela dépendra du niveau de garantie et de la durée », tempère Eric Le Baron, directeur général de Swiss Life Assurance et Patrimoine, dont la clientèle, principalement patrimoniale, investit déjà pour moitié en unités de compte. Pour Swiss Life, l’euro-croissance, un produit réclamé par la profession, correspond à des intérêts bien partagés entre assureurs et assurés. « Le produit a de l’intérêt pour le client dans un contexte de taux bas, mais surtout pour les assureurs qui ont par exemple 90 % de leurs encours en fonds euros », note Eric Le Baron.

Le produit est complexe en termes de valorisation comme de commercialisation. Le fonds contiendra deux poches. Une provision mathématique, qui est le montant qu'un assureur doit détenir dans ses comptes pour garantir son engagement vis-à-vis des souscripteurs de contrats, et qui évolue en fonction du taux d’intérêt. Et la provision de diversification, qui correspond, à l’origine du contrat, à la différence entre la somme investie et la valeur actuelle de la garantie au taux maximum autorisé (60 % du taux moyen des emprunts d'Etat). « Si on est sur des garanties élevées (100 % du capital) et une durée relativement courte, (inférieure à 10 ans, la partie diversification sera relativement faible », explique Eric Le Baron. « Le produit ne sera guère compétitif par rapport à un fonds euro. Si la garantie est plus limitée et la durée plus longue, la provision de diversification sera plus importante et plus risquée et le rendement, supérieur. »

Evalué en valeur de marché

La particularité du fonds euro-croissance est d’être évalué en valeur de marché. « Quand la valeur de marché devient inférieure à l’actualisation de la garantie à terme, l’assureur doit prendre une perte sur son bilan », développe un fin connaisseur du produit. Le fonds doit donc investir dans des actifs dont la valeur de marché est disponible à tout instant et liquide. « Ce qui rend le non-coté très compliqué à intégrer, sauf à investir dans des fonds de non-coté qui affichent une valeur de marché artificielle », continue le professionnel.

Le pilotage du passif, de l’engagement de l’assuré qui va évoluer en fonction du marché et des taux d’intérêt, est plus complexe à deux niveaux : tout d'abord, dans le système de gestion du passif. « Il s’agit d’un produit hybride, qui va évoluer selon les taux d’intérêt et la valeur de marché, et qui nécessite une adaptation des systèmes », explique Eric Le Baron. « Les salles de gestion vont davantage ressembler à des salles de marché », ajoute un expert, car le risque va devoir être piloté au plus près. » Ensuite, la difficulté principale réside dans une restitution simple et pédagogique. « Il faudra adapter les systèmes d’information pour modifier les 'reporting' comptable et financier, afin d’offrir au client une vision de la valeur liquidative de son investissement. C’est nouveau », ajoute Jean-Francois Dupouy.

Estimer le risque souhaité par le client

Par ailleurs, l’assureur devra estimer au plus juste le risque souhaité par le client, en application de la directive MIF (marché d’instruments financiers) et lui proposer les actifs appropriés. « Le client qui paramétra son fonds avec une garantie à 20 ans ne se verra pas offrir le même couple rendement/risque que celui qui souhaitera une garantie à 10 ans. C’est ce qui est intéressant, car la performance sera différente en fonction de la duration et du poids de la diversification », remarque Jean-Francois Dupouy, qui tempère les difficultés de commercialisation. « Certes il s’agit d’un compartiment supplémentaire, plus risqué. Il y aura une courbe d’apprentissage, mais nos réseaux sont déjà habitués à vendre des unités de compte. » Pour Predica, l’euro-croissance est un produit simple, transparent sur les frais et qui offre une promesse claire au client. Il estime être prêt à offrir le nouveau produit fin 2014. Reste qu’aujourd’hui, la réforme n’est pas totalement aboutie. Le choix précis des actifs autorisés devrait être tranché en ce début décembre, pour une mise en place au 1er janvier.

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