Entretien avec... Tamara Burnell, responsable de recherche spécialisée dans les institutions financières et souveraines chez M&G

« L’entreprise de restructuration est loin d’être achevée »

le 14/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Dans un contexte d’assainissement des bilans des banques britanniques, quels sont les objectifs encore à atteindre aujourd’hui ?

Le degré de capitalisation des banques s’est beaucoup amélioré au cours de ces cinq dernières années, mais des progrès restent à faire pour s’assurer d’une résistance totale aux turbulences économiques. Les banques vont sans doute continuer à lever davantage de capitaux, aussi bien des capitaux propres que des emprunts. Aujourd’hui, un des problèmes majeurs est que l’affectation comptable du capital détenu par les banques n’est pas nécessairement juste. Avec le renforcement de la comptabilité séparée et la nécessité de faire correspondre les actifs/passifs aux différentes activités, il est maintenant plus difficile de se passer de la double comptabilité au sein des groupes. De plus en plus, les investisseurs, les contreparties ainsi que les régulateurs se concentrent non pas sur le montant du capital détenu, mais bien plus sur l’allocation de ce même capital et sur sa capacité à absorber un type de chocs spécifiques. Les régulateurs veulent que ce capital soit facile à atteindre en cas de résolution, comme en témoigne un document publié conjointement en décembre par les autorités britanniques et américaines sur la nécessité d’un seul point d’entrée pour cette résolution, principalement au sein de la holding de la banque. De leur côté, les contreparties souhaitent que l’actif excédentaire puisse être utilisé afin de satisfaire à leurs demandes d’indemnisation. Enfin, les déposants veulent que les actifs liquides puissent couvrir leurs éventuels retraits.

Diriez-vous que le pire est maintenant derrière les banques britanniques ?

S’ils ont une longueur d’avance sur les banques européennes, les établissements britanniques sont pourtant encore loin d’avoir achevé leur entreprise de restructuration. D’autant que certaines surprises peuvent encore apparaître : la plupart des provisions pour créances douteuses passées par les banques concernent des portefeuilles de prêts non britanniques, le plus souvent irlandais et espagnols. Au Royaume-Uni, nous n’avons pour l’instant pas constaté de détérioration massive de la qualité des actifs dans le secteur commercial ou résidentiel, dans la mesure où les mesures d’austérité annoncées n’ont pas encore été suivies d’effet. C’est pourquoi la possibilité d’une hausse des créances douteuses reste une préoccupation.

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