L'Autriche dans la tourmente bancaire

le 27/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Les défaillances d'établissements de crédit appartenant aux pays « cœur » de la zone euro se multiplient.

A Belgrade en Serbie, une agence d’HAA, la sixième banque d’Autriche aujourd’hui en pleine déconfiture. Oliver Bunic/Bloomberg

Si Nama en Irlande et la Sareb en Espagne* sont des « bad banks » bien connues, de discrètes structures de défaisance mènent leur vie loin de tout tapage, sans tambour ni trompette, dans à peu près tous les pays de la zone euro, de la Slovénie à l’Allemagne. L’Italie, où le Trésor songe à créer une telle structure, va bientôt compléter une liste déjà longue. Bad banks privées, bad banks publiques, silos externalisés d’actifs en piteux état, structures discrètement digérées en interne, tous les modèles existent et les Etats ont l’embarras du choix. Avec désormais une condition qui n’existait pas il y a quelques années quand sont apparues les premières structures de défaisance : éviter de faire régler la fracture au contribuable et d’augmenter le ratio dette publique/PIB. Dans la pratique, cette condition va s’avérer difficile à appliquer.

Le cas des établissements contrôlés par l’Etat autrichien est exemplaire, notamment la banque Hypo Alpe Adria (HAA), sixième banque du pays nationalisée fin 2009 et aujourd’hui en pleine déconfiture. Les autres établissements de crédit refusent de monter une structure de type Sareb dans laquelle elles détiendraient 51 % du capital, évitant à l’Etat de consolider l’ensemble et de faire remonter la facture dans la dette publique. L’hypothèse d’une faillite ne peut donc plus être écartée par le gouvernement. Mais faire prendre leurs pertes aux détenteurs de titres senior ou subordonnés et aux déposants reviendrait par ricochet dans le secteur public. En effet, la région de Carinthie et ses 550.000 habitants cautionnent 12,5 milliards d’euros de dettes de HAA, soit l’équivalent de plusieurs années de recettes fiscales. Reste alors la solution de la structure publique. Mais le transfert de 19 milliards d’euros d’actifs « toxiques » de la seule HAA, insolvable et ne disposant plus d’activité bancaire dans le pays (lire l'entretien), ferait grimper le ratio d’endettement public de l’Autriche de 6 points d’un seul coup à 83 % du PIB.

Les difficultés du secteur bancaire n’ont jusqu’à présent porté préjudice ni à la notation de la dette souveraine (240 milliards) ni aux taux d’intérêt auxquels l’Etat finance sa dette (voir le graphique). Membre du cercle fermé des triple A de la zone euro aux côtés de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande, l’Autriche garde la confiance des agences de notation : Aaa avec perspective négative pour Moody’s qui met à jour sa note le 28 février ; AA stable chez Standard & Poor’s avec mise à jour le 28 mars, et enfin Aaa avec perspective stable chez Fitch qui a confirmé sa note le 21 février.

L’exemple allemand

Les exemples du voisin allemand aux multiples structures de défaisance (pour régler les dossiers de plusieurs Landesbanken et de Commerzbank) pourraient donner des idées au gouvernement autrichien. La régulation allemande donne le choix entre plusieurs options pour transférer des actifs toxiques, expliquent les analystes de RBS. La plus radicale est le modèle de l’agence chargée de liquider les actifs à grande échelle. Cette dernière ne dispose pas de licence bancaire et n’est donc pas contrôlée par le superviseur local, la BaFin. Ce modèle a été choisi pour les deux monumentaux silos d’actifs toxiques que sont Erste Abwicklungsanstalt (EAA), créée en décembre 2009 pour sortir les actifs de WestLB, et FMS Wertmanagement, créée en juillet 2010 pour régler le dossier de Hypo Real Estate. EAA a reçu 77,5 milliards d’euros d’actifs toxiques en 2009 et un autre paquet de 124,4 milliards en 2012. Des associations de caisses d’épargne et le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie apportent leurs cautions à la structure censée être dissoute en 2027. La seconde agence, FMS, a hérité d’un portefeuille d’actifs de plus de 175 milliards d’euros. Elle est entièrement entre les mains de l’Etat fédéral via la SoFFin, le fonds de stabilisation des marchés. Pour les analystes de RBS, la différence est essentielle entre EAA, dont le risque est supporté par le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, et FMS, qui est soutenu par le gouvernement fédéral. L’examen des actifs bancaires (AQR) programmé tout au long de l’année par la Banque centrale européenne a le mérite de pointer du doigt les banques en difficultés de la zone euro et de rappeler que beaucoup d’entre elles ne sont pas situées dans les pays dits périphériques, mais dans les pays du « cœur ». 

*Nama : National Asset Management Agency. Sareb : société de gestion d’actifs pour la restructuration bancaire.

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