L’assurance britannique à deux vitesses

le 28/03/2013 L'AGEFI Hebdo

La politique de dividendes fait ressortir les forces et faiblesses des entreprises du secteur.

Devant le siège de Prudential à Londres. Photo: Bloomberg

Coup de tonnerre outre-Manche. Autrefois considérée comme un secteur refuge, l’assurance britannique, cinquième contributeur en dividendes au Royaume-Uni, subit actuellement le scepticisme des investisseurs. Les décisions de l’assureur-dommages RSA et du groupe Aviva de sabrer leurs dividendes n’y sont pas étrangères. Simon Lee, directeur général de RSA, a justifié sa réduction d’un tiers du dividende pour l’exercice 2012 (une initiative qui se renouvellera aussi l’an prochain) par l’environnement marqué de faibles rendements obligataires et la nécessité de conserver des ressources nécessaires pour investir dans des opportunités de croissance : « La décision de RSA n’était pas attendue, d’où la réaction extrême des marchés, explique Kevin Ryan, analyste chez Investec. Elle aurait néanmoins pu être prise avant. Mais John Napier, qui a quitté fin décembre le poste de président qu’il occupait depuis dix ans, n’a probablement pas souhaité que la fin de son mandat soit associée à une baisse du dividende » (à 3,80 pence).

Chez Aviva, dont le dividende a baissé trois fois en une décennie, pour atteindre 19 pence sur l’exercice 2012, « cette réduction ne s’imposait pas, estime l’analyste. Est-elle le signe que l’entreprise ne peut plus dégager de revenus des opérations actuelles ? Ou simplement une manière de laisser un peu de temps au nouveau directeur général ? ». En fonction depuis le 1er janvier, Mark Wilson entend diminuer l’endettement du groupe et renforcer sa trésorerie. Un objectif qui s’intègre dans un vaste programme de cessions d’actifs entamé par Aviva en juillet dernier. Si son recentrage a d’ores et déjà permis à l’assureur de réduire ses coûts et de lever 2,4 milliards de livres, les dépréciations enregistrées sur la vente de ses opérations américaines l’ont fait passer dans le rouge, après 60 millions de livres de bénéfices en 2011 (

voir le tableau).

Engager de nouvelles actions

Les agences de notation n’ont pas réagi de manière uniforme. Standard & Poor’s, qui attribue une note « A+ » pour la solidité financière d’Aviva, n’a pas modifié la notation de l’assureur en signalant que les indicateurs, dont le ratio combiné et les marges, étaient conformes aux attentes. En revanche, Aviva a été placé sous surveillance avec implication négative par Moody’s le 12 mars : « Cette décision reflète la difficulté d’entreprendre une importante restructuration de ses opérations dans un environnement difficile, qui s’est traduit par une performance opérationnelle sous-jacente modeste », explique David Masters, vice-président au sein de Moody’s. Plus généralement, les observateurs ont aussi reproché au groupe ses errements stratégiques successifs - One Aviva Twice the Value, héritage de l’ancien directeur général Andrew Moss, ou encore Quantum Leap - qui se sont conclus par une série de licenciements dans les plus hautes sphères de l’entreprise : « Alors que cet assureur s’est montré sans pitié avec ses équipes dirigeantes, il aurait été plus avisé de comprendre comment adapter la vente de certains produits aux bons marchés », avance un analyste. Des professionnels de haut vol : Tidjane Thiam, directeur général de Prudential, comme Jackie Hunt, directrice financière de Standard Life, ont en effet assumé des postes à responsabilités chez Aviva avant d’embrasser leurs nouvelles carrières respectives. Une nouvelle orientation réussie.

Dans un contexte de résistance des assureurs-vie outre-Manche (lire l’entretien), Standard Life a annoncé un dividende exceptionnel d’une valeur de 302 millions de livres, sur fond de forte hausse de ses résultats imposables. Quant à Prudential, le dividende a également été rehaussé de 15,9 %, reflet de bénéfices d’exploitation en hausse de 25 % l’an dernier. Ces assureurs-vie reviennent pourtant de loin. Après sa démutualisation et son entrée en Bourse en 2006, Standard Life s’est profondément restructuré en supprimant les commissions aux conseillers financiers et en se focalisant sur des produits d’investissement à faible intensité capitalistique. Le groupe a également innové en développant des plates-formes informatiques sur lesquelles ses clients peuvent réunir l’ensemble de leurs produits d’investissement et de retraite.

Après l’échec de sa tentative de rachat sur l’assureur asiatique AIA en 2010, Prudential a également vécu une période de transition délicate : « Fin 2010, l’assureur a réalisé que ses flux de trésorerie n’étaient pas suffisants et s’est embarqué dans une grosse opération de transformation interne en se fixant des objectifs de contribution de trésorerie pour toutes les régions du groupe ainsi que des objectifs de rentabilité et croissance en Asie », rappelle Kevin Ryan. L’assureur, qui souhaitait doubler les bénéfices d’exploitation imposables aux normes IFRS obtenus en 2009 en Asie d’ici à trois ans, a d’ores et déjà atteint ce résultat tandis que la contribution de l’Asie aux flux de trésorerie du groupe a dépassé cette année les 400 millions attendus… pour 2013. Au-delà des circonstances conjoncturelles, le secteur de l’assurance britannique reste encore bien souvent le reflet des stratégies de ses acteurs. Le paysage risque bien de rester figé en l’absence d’orientations cohérentes chez ceux en difficulté.

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