Dossier Banques françaises à l'international

L’Allemagne, nouveau territoire de conquête pour BNP Paribas

le 27/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Le groupe mise sur les ventes croisées dans tous les segments. Mais il n’est pas le seul français bien implanté outre-Rhin.

Avant de détailler son plan à moyen terme, dès août 2013, Jean-Laurent Bonnafé avait précisé ses ambitions en Allemagne : accroître les revenus du groupe de 8 % en moyenne par an afin de les porter d’1,1 milliard d’euros à fin 2012 à 1,5 milliard en 2016. « 

Endécembre 2013, nous étions sur la trajectoire attendue, dans tous les métiers, dont la banque de financement et d’investissement (BFI) », indique le directeur général de BNP Paribas. La BFI participe à l’approche « One Bank for Corporates » avec six centres d’affaires régionaux et aborde aussi bien les sociétés cotées de moyenne que de grande capitalisation. La banque ne s’interdit pas des achats ciblés. Fin juillet, BNP Paribas Securities Services (BP2S) a d'ailleurs acquis l'activité de dépositaire de Commerzbank. Installé dans le pays depuis 2000, BPSS a ainsi conforté sa place de numéro un outre-Rhin. Or, la conservation de titres permet de générer des revenus réguliers, dès lors que les infrastructures sont amorties par les volumes.

Synergies

 

Les ambitions de BNP Paribas ne s'arrêtent pas là. L'établissement dispose de 12 métiers et emploie 3.500 personnes dans le pays. Dans l’immobilier, il se présente comme numéro un sur les transactions en métier commercial. En assurance, il se définit comme un acteur majeur auprès des emprunteurs. Son courtier, Cortal Consors, y a changé d’identité fin 2013, devenant Hello bank. « Cortal Consors est devenu une banque en ligne avec 113.000 clients », se félicite François Villeroy de Galhau, directeur général délégué de BNP Paribas. L’objectif est d'atteindre 1,1 million de clients et 1 % de part de marché sur les dépôts des particuliers en 2017. BNP Paribas estime aussi bénéficier de « franchises fortes dans les métiers spécialisés ». Pour l’avenir, Personal Finance doit accroître ses partenariats en distribution et automobile en crédit à la consommation (dont il est numéro trois local), tandis que Leasing Solutions doit élargir sa clientèle pour atteindre 3 milliards d’encours en 2016 (+50 % par rapport à 2012) en crédit-bail et 6 % de part de marché (deux fois plus qu’en 2012) en affacturage. Cela passera par une augmentation des effectifs (de plus de 500 personnes sur trois ans), une meilleure visibilité commerciale et des ventes croisées.

Ce levier pourrait aussi être utilisé par Société Générale dont la présence en Allemagne est d’ampleur comparable. « Nous y avons plus de 3.000 collaborateurs et environ 1 milliard de revenus, souligne Frédéric Oudéa, PDG du groupe. La BFI y est importante, installée de longue date à Francfort. » S’y ajoutent en particulier cinq filiales, rappelle Bernardo Sanchez Incera, DGD de Société Générale : deux dans le crédit à la consommation – Hanseatic et BDK –, avec de nombreux partenariats ; GEFA, l'un des leaders du financement de biens d’équipements – en interaction avec les PME allemandes, notamment dans les transports ; ALD pour lequel l’Allemagne est le deuxième marché en location longue durée hors de France ; l’assurance ; les métiers titres, mais aussi une petite filiale de la banque en ligne Boursorama. De plus, « avec la licence bancaire obtenue par GEFA, nous avons pu enregistrer, après une belle campagne marketing, une forte collecte de dépôts : 1,6 milliard d’euros, explique le DGD, permettant plus d’indépendance en termes de refinancement vis-à-vis de la maison mère ».

La chasse aux dépôts, la branche CM 11-CIC du Crédit Mutuel y participe avec sa filiale Targobank dont les encours de crédits s’élèvent à 10,6 milliards (+4,5 % entre 2012 et 2013). Elle s’est assuré 11,3 milliards de ressources (+6,3 %). Peu développé outre-Rhin, CM 11-CIC, qui a aussi une activité de gestion de patrimoine avec une épargne financière de près de 9 milliards (+7,2 %), estime que « ces bons résultats sont le fruit d’une stratégie axée sur l’extension du réseau (8 ouvertures d’agences en 2013 portant à 351 le nombre de points de vente à fin d’année) et sur le déploiement progressif d’une offre de crédit automobile (59 millions d'euros d’encours de crédits fin 2013) ». Il doit en outre finaliser cette année l’acquisition des activités de détail de Valovis Bank AG qui hissera Targobank au troisième rang des émetteurs de cartes de crédits en Allemagne.

La filiale locale de crédit à la consommation de Crédit Agricole, CreditPlus, collecte aussi des dépôts auprès des particuliers et des institutionnels depuis 2012 et a lancé, mi-janvier, une nouvelle offre 100 % Internet : un dépôt à terme de 1 à 7 ans pour les particuliers (de 5.000 à 500.000 euros à taux fixe). La BFI (Cacib) collecte également des dépôts auprès des institutionnels et gestionnaires d’actifs. La banque verte a choisi de couvrir ce marché en « multispécialiste » : s’y ajoutent l’affacturage (4e acteur du pays), la gestion d’actifs (Amundi avec 6 milliards d’euros d’encours commercialisés) et la conservation de titres (Caceis). Au total, elle compte en Allemagne 1.369 collaborateurs. La présence de BPCE est plus modeste, mais sa banque de gros est implantée à Francfort et y a créé une banque hypothécaire, Natixis Pfandbriefbank AG, qui émet des obligations afin de refinancer ses crédits immobiliers commerciaux. Nul ne peut ignorer la première économie européenne. 

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