L’affaire JPMorgan renforce la règle Volcker

le 24/05/2012 L'AGEFI Hebdo

La perte de 2 milliards de dollars de la banque aurait pu être évitée si l’interdiction du « trading » pour compte propre avait été en vigueur.

Les déboires de JPMorgan révèlent non seulement les carences de sa gestion des risques (comme son modèle de Value-at-Risk - VaR - mal calibré, lire aussi page 35) et de sa supervision par les autorités, mais aussi la pertinence de la règle Volcker, qui interdit aux banques le trading pour compte propre, et entre en vigueur le 21 juillet (celles-ci ont deux ans pour s’y conformer). Après avoir annoncé la perte de 2 milliards de dollars de la division chief investment office du groupe, chargée notamment de couvrir ses risques, le PDG de la banque Jamie Dimon a déclaré : « Ces transactions ne contreviennent pas à la règle Volcker, mais elles contreviennent au principe Dimon. » Tout le monde n’est pas de cet avis, à commencer chez… JPMorgan !

Des critères « trop restrictifs »

Dans une lettre aux régulateurs en février, Barry Zubrow, vice-président exécutif de la banque, s’emploie à montrer que les critères pour bénéficier de l’exemption de la couverture des risques, soumis à consultation en octobre 2011, sont « trop restrictifs ». Il prend comme exemple une stratégie employée par JPMorgan pendant la crise pour couvrir un risque de crédit à court terme : « Notre équipe de gestion actif-passif a utilisé des dérivés de crédit pour acheter une couverture sur des indices de CDS (‘credit default swaps’) sur des obligations à haut rendement à maturités courtes, et vendre une couverture sur les mêmes indices à des maturités de plus long terme. » Or le chief investment office de JPMorgan a mis en œuvre une stratégie similaire, conçue pour « couvrir la banque dans un environnement de crédit tendu », selon les mots de Jamie Dimon. Dans sa lettre, Barry Zubrow conclut que « ces dérivés n’auraient peut-être pas été considérés comme une couverture » si le texte d’application proposé avait été en vigueur.

Certes, selon l’article 619 du Dodd-Frank Act, une banque peut engager son capital dans une transaction pour réduire « les risques spécifiques liés à ses positions individuelles ou agrégées ». Dans leur proposition, les régulateurs estiment que cette exemption comprend « la couverture des risques au niveau du portefeuille » (portfolio hedging), ce que contestent les sénateurs démocrates Carl Levin et Jeff Merkley, à l’origine de cette partie de la loi. Pourtant, c’est bien le Congrès qui a ouvert la voie à cette interprétation. Dans la troisième version du texte, présentée en mai 2010, la couverture ne concernait que les « risques spécifiques ». Mais la loi adoptée en juillet 2010 introduit la notion de « positions individuelles ou agrégées ». « La perte de JPMorgan montre que le texte d’application proposé n’est pas assez strict, considère Marcus Stanley, de l’association Americans for Financial Reform. Couvrir des positions agrégées n’est pas la même chose que de couvrir un portefeuille. Les banques ne devraient pas pouvoir couvrir des risques généraux comme l’inflation. »

Néanmoins, selon la proposition des régulateurs, une banque est tenue de respecter de nombreux critères pour bénéficier de cette exemption. Certains responsables de JPMorgan ont d’ailleurs rencontré la Réserve fédérale le 2 février pour essayer d’obtenir des critères moins stricts. Parmi eux, on retrouve Ina Drew, la responsable du chief investment unit. Les conditions à remplir sont les suivantes : la transaction doit couvrir des risques auxquels la banque est « déjà exposée » ; être « raisonnablement corrélée » à ses risques ; ne doit pas créer de nouveaux risques significatifs non couverts ; ni donner lieu à « plus de profits » que ce que la banque pourrait perdre à cause de ses risques, etc. Même lorsqu’il est autorisé, le trading pour compte propre ne doit pas avoir pour résultat d’exposer la banque à des stratégies ou à des actifs très risqués, ni menacer la stabilité financière des Etats-Unis. Autant de critères qui auraient pu conduire les régulateurs à interdire les transactions de JPMorgan. Lors de sa conférence, Jamie Dimon a lui-même reconnu que la banque avait, dans un premier temps, « gagné de l’argent » grâce à sa stratégie. « Une couverture de risques ne devrait pas être conçue pour générer des profits, explique Marcus Stanley. Au contraire, elle devrait réduire les profits puisqu’elle minimise les risques. »

Pour se prononcer sur la nature d’une transaction, les régulateurs prévoient de demander aux banques de leur communiquer tous les mois une série de mesures au niveau de chaque « unité de trading » : VaR, VaR dans des scénarios de crise, limites de risque et de position, comptes de résultats, etc. En particulier, la VaR doit refléter un niveau de confiance de 99 %. Là encore, JPMorgan aurait dû s’adapter à la règle Volcker puisque, selon le bureau du comptroller of the currency, la banque calcule sa VaR en utilisant un intervalle de confiance de 95 %.

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