Dossier Poste client

L’affacturage inversé, une solution réservée aux grands groupes

le 05/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Proposé depuis cinq à six ans, il gagne du terrain en France, même si son utilisation est encore limitée par rapport aux pays anglo-saxons.

L’affacturage inversé devrait connaître une croissance exponentielle dans les années à venir, sachant que les volumes confiés sont d’emblée significatifs. Pour notre part, nous enregistrons une augmentation de notre activité de 30 % en 2011 par rapport à 2010 sur ce marché », indique Bernard Muselet, directeur général adjoint de Crédit Agricole Leasing & Factoring qui, via sa filiale Eurofactor, revendique aujourd’hui une part de marché dominante sur l’affacturage inversé. Avec près de 7 milliards d’euros de créances confiées en 2010, le reverse factoring pesait environ 4 % des 175 milliards d’euros de l’affacturage ; il était cependant en progrès de 40 % par rapport à 2009, quand l’affacturage progressait de 19 %.

Initialement, dans les secteurs à forts volumes d’achats où cette technique a historiquement démarré (grande distribution, automobile…), « elle représentait principalement un levier de financement supplémentaire pour les donneurs d’ordres, qui conservaient l’essentiel de la valeur ajoutée créée par le dispositif », explique Hervé Blazejewski, associé consulting chez Mazars et co-auteur d’un livre blanc sur l’affacturage inversé. Le calcul est vite fait : « Avec un Euribor 3 mois à 0,66 %, en admettant un ‘spread’ de 1 % en rémunération du 'factor', le donneur d’ordres verse une commission de financement de 1,66 % par an, calcule Bernard Muselet. Si, en parallèle, il négocie un escompte mensuel de 1 % auprès de ses fournisseurs, cela équivaut à un taux d’intérêt annuel de 12 %. La différence est assimilable à de la marge opérationnelle supplémentaire. » Toutefois, même si les donneurs d’ordre peuvent y gagner en termes d’escompte commercial, « pour que les fournisseurs adhèrent au programme, il faut que la formule reste intéressante pour eux », souligne Corinne Sanchez, directeur associé conseil chez Deloitte.

D’où l’émergence d’un reverse factoring dit collaboratif, « dont le but est de soutenir les fournisseurs les plus fragiles en leur rétrocédant une partie de cette valeur ajoutée à travers un financement à moindre coût », estime Hervé Blazejewski. Pour sa part, Stéphanie Surmely, responsable du département cash management et reverse factoring chez BNP Paribas Factor, confirme que si l’intérêt pour l'affacturage inversé était encore marginal il y a deux à trois ans, « aujourd’hui, l’intérêt pour la formule va au-delà de la simple curiosité. Nous rencontrons plusieurs prospects par mois, dans un contexte où les grands donneurs d’ordres ont compris la nécessité de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement ».

L’enjeu : séduire les fournisseurs

Pour l’heure, la cible des factors est essentiellement constituée des grands donneurs d’ordres, soit un nombre relativement limité d’entreprises. « En dehors des programmes de certains distributeurs comme Carrefour et Auchan, gérés par leurs financières captives, les programmes de 'reverse factoring' les plus sophistiqués concernent en moyenne des postes fournisseurs de l’ordre de 100 millions d'euros, soit un volume d’achats de 1 à 1,5 milliard d’euros par an, donc des entreprises dont le chiffre d’affaires se situe autour de 1,5 à 2 milliards d’euros », précise Stanislas d’Audiffret, senior director conseil en financements chez bfinance. Bernard Muselet confirme : « Au sens des donneurs d’ordre, l’affacturage inversé concerne, pour l’heure, relativement peu d’acteurs. Mais ces seuils diminuent, et nous sommes en capacité de traiter des programmes de 20 à 30 millions de flux. » Chez BNP Paribas Factor, Stéphanie Surmely estime que « la taille du donneur d’ordre n’est pas le critère unique. Nous étudions la qualité de sa signature et le volume du courant d’affaires, ainsi que la qualité de son portefeuille achats ».

Car même si un donneur d’ordres est intéressé, cela ne garantit pas le succès d’un programme : encore faut-il convaincre les fournisseurs d’y adhérer et de faire financer leurs créances. Or selon Oliver Belin, responsable du développement de la plate-forme PrimeRevenue en Europe, « l’expérience montre que trop de programmes se concentrent sur les plus gros fournisseurs. Il est cependant essentiel de s’adresser à une cible beaucoup plus large afin d’atteindre des entreprises de taille plus modeste ». Lesquelles sont aussi, souvent, celles qui ont le plus grand besoin de solutions de financement.

A lire aussi