Jörg Rocholl, professeur et président de l’European School of Management and Technology de Berlin

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

« Les hommes politiques ne veulent pas réformer les Landesbanken »

Pour vous, qui êtes l’auteur d’une étude sur les Landesbanken, quel est leur principal problème ?

Les Landesbanken n’ont pas de modèle économique, de modèle qui leur permette de générer du profit. Ne pouvant grandir en Allemagne dans la banque de détail, qui est le domaine des Sparkassen, elles se sont développées à l’international, dans des activités spéculatives telles le marché américain du subprime. Elles ont donc enregistré des pertes énormes en 2008-2009, qui ont été couvertes par les Sparkassen, les Länder et le gouvernement fédéral. Les pertes de WestLB auraient, à elles seules, atteint 20 milliards d’euros d’après les estimations ! Depuis, certaines Landesbanken affichent des profits, mais après avoir reçu une aide publique substantielle.

Comment voyez-vous leur avenir ?

Il a été demandé depuis longtemps au gouvernement de réformer les Landesbanken, mais ce processus a été trop lent. Ces banques sont publiques, et les hommes politiques des différents partis sont représentés à leur conseil d’administration. Ils ne veulent pas vraiment les réformer. Pour eux, les Landesbanken sont un instrument de pouvoir. Ils peuvent ainsi financer des projets locaux. La question des aides publiques versées aux Landesbanken suscite très peu de débats en Allemagne, ce qui est alarmant. Le public est par conséquent peu informé sur ce sujet.

Est-ce que l'AQR va changer la situation ?

Nous espérons que l’AQR, et plus généralement la supervision prochaine des banques européennes par la Banque centrale européenne (BCE), va permettre de clarifier la situation, et inciter à la réforme des Landesbanken. La pression doit venir de l’extérieur, de la Commission européenne et de la BCE, car ces banques sont trop imbriquées dans notre système politique. Il faut aussi à tout prix revoir, et donc renforcer la gouvernance interne des Landesbanken. La réforme de ces banques publiques serait une bonne chose pour le contribuable allemand qui a d’autres choses à faire que de financer leurs pertes. Mais je demeure sceptique sur la probabilité d’un tel changement au vu de l’attitude de nos représentants politiques. En attendant, les Landesbanken risquent de demeurer un problème pour les contribuables allemands.

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