Rencontre avec… Jean-Paul Chifflet, directeur général de Crédit Agricole SA (CASA)

« J’ai toujours préparé la relève en veillant à offrir un choix »

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Des cessions d’actifs sont en cours. Selon les conditions de leur réalisation, notamment en Grèce, Crédit Agricole SA (CASA) devra-t-elle être recapitalisée ? Pourra-t-elle renouer avec le versement de dividendes ? Lui faudra-t-il d’autres orientations stratégiques ?

Nous maintenons nos choix stratégiques : fortifier la croissance de la banque de proximité, accélérer celle des métiers de l’épargne, focaliser le développement de la banque de financement et d’investissement et des métiers du crédit, enfin pas de croissance externe mais uniquement organique. Quant à une augmentation de capital de Crédit Agricole SA, elle n’est pas à l’ordre du jour. L’impact de la vente d’Emporiki en termes de ratio de solvabilité, sous certaines conditions, devrait être peu significatif. Mais il y aura un impact sur le compte de résultats. En 2012, les résultats de Crédit Agricole SA et la politique de dividende dépendront notamment de ce dossier, dont je vous rappelle qu’il n’est pas clos.

L’environnement conjoncturel et réglementaire peut-il conduire CASA à de nouveaux choix ? Que reste-t-il d’ores et déjà de sa dimension internationale ?

L’Union bancaire, les évolutions législatives et réglementaires auront un impact important sur les banques en Europe. Il y a en outre des réformes spécifiques à notre pays qui impacteront les banques françaises. Dans ce contexte, le groupe Crédit Agricole continue à aller de l’avant. Notre projet à dix ans met en évidence des supports de croissance qui répondent aux besoins de la société : le service quotidien au client, le logement, l’agriculture et l’agroalimentaire, l’économie de l’énergie et de l’environnement, la santé, la prévoyance et la retraite.

Aujourd’hui, le PNB (produit net bancaire) du groupe Crédit Agricole est réalisé à 30 % à l’international et à 70 % en France. Notre banque de proximité performe bien et affiche un des meilleurs coefficients d’exploitation du secteur. Les encours de crédits ont progressé de 2,4 % par rapport à juin 2011 et la collecte de bilan de 7,7 %. Les métiers de gestion de l’épargne affichent des résultats de bonne facture. Dans l’assurance, nous avons réduit nos placements en dettes souveraines et investi dans de nouvelles classes d’actifs orientées vers l’économie française : entreprises et collectivités publiques. Plus globalement, nous poursuivons le plan d’adaptation de notre groupe à son nouvel environnement : nous avons réduit nos emplois pondérés de 48 milliards d’euros à fin juin, nous continuons à réduire notre endettement, nous continuons à renforcer notre solidité financière. Ce sont des efforts colossaux que nous faisons depuis plus d’un an ! Mais plus la conjoncture est difficile, plus on a besoin de banques solides pour alimenter l’économie en crédit, qui est son carburant et qui permettra la croissance et l’emploi de demain.

Pourquoi avoir recruté Xavier Musca comme directeur général délégué ? Préparez-vous votre succession ? N’est-ce pas plus naturel de voir les membres de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA), représentants de l’actionnaire majoritaire de CASA, prendre la relève ?

Partout où j’ai exercé des responsabilités, j’ai toujours préparé la relève en veillant à offrir un choix à ceux qui auront à prendre la décision. Depuis mon arrivée, j’ai toujours souhaité élargir mon équipe dirigeante. J’ai appelé Xavier Musca

au lendemain de l'élection présidentielle et je lui ai proposé de nous rejoindre. C’est un homme qui a le profil et bien

sûr les compétences pour jouer dans l’équipe Crédit Agricole. Avec cette équipe, je suis chaque jour à la manœuvre pour remettre le groupe Crédit Agricole sur le chemin de la croissance. J’ai encore du travail.

Cela passe-t-il par une centralisation croissante du groupe ?

C’est une drôle de question ! Le Crédit Agricole est un groupe décentralisé. Nous avons la préoccupation de jouer collectif, je l’ai toujours fait, c’est dans ma nature et cela me paraît encore plus essentiel dans la conjoncture difficile que nous vivons : pression sur les prix, nouvelles exigences réglementaires en matière de fonds propres et de liquidité. Nous devons aussi être plus agiles : notre projet NICE (Nouvelle informatique convergente évolutive) s’inscrit dans ce contexte. La banque universelle de proximité que nous développons favorise la réactivité et les économies d’échelle. Nous transformons notre groupe en profondeur pour mieux accompagner le redémarrage de l’économie européenne et française.

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