Intesa Sanpaolo et UniCredit gardent chacune leur cap malgré la crise

le 29/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Bien que bénéficiaires, les deux premières banques de la péninsule italienne continuent de souffrir sur leur marché.

Intesa San Paolo dans une rue de Rome. Photo: PHB/Agefi

Les fondations bancaires, leurs principaux actionnaires, auraient vu d’un bon œil une union entre les deux premières banques italiennes Intesa Sanpaolo et UniCredit. Toutes deux ont annoncé ces derniers mois des plans de licenciement massifs. Et leur capitalisation boursière s’est effondrée à environ 19 milliards d'euros chacune... « L’hypothèse d’un rapprochement entre ces deux banques semblait surtout se justifier pour des raisons défensives, estime Carlo Tommaselli, analyste auprès de Société Générale. Certes, elles sont toutes deux complémentaires, avec d’un côté Intesa Sanpaolo plus performante en Italie et de l’autre UniCredit, dotée d’une forte diversification à l’international. Mais le marché italien à lui seul n’intéresse plus les investisseurs étrangers. En revanche, la participation d’UniCredit dans Mediobanca donnant accès au contrôle du groupe d’assurances Generali suscite quelques convoitises. »

Créances douteuses

L’idée d’un mariage entre les deux groupes, un temps étudié par les milieux financiers comme le moyen de contrer une offre venant d'un acteur étranger, semble définitivement enterrée. Le président du conseil de surveillance d'Intesa Sanpaolo a démenti avoir jamais discuté d'un éventuel projet d'alliance avec UniCredit, tandis que Fabrizio Palenzona, le vice-président d’UniCredit, a jugé une telle opération « totalement irréalisable et sans aucun sens industriel ni financier ». Pour sa part, l’administrateur délégué d’UniCredit, Federico Ghizzoni, estime que son groupe ne risque guère une OPA (offre publique d’achat) ou toute autre opération hostile.

La situation reste malgré tout extrêmement tendue dans la péninsule. Au 30 septembre 2012, les six premières banques du pays ont vu leurs créances en souffrance augmenter à plus de 113 millions d’euros, contre 92 millions à fin 2011. « La qualité du crédit continue de souffrir de la récession : dans la première moitié de 2012, le flux des nouvelles créances en souffrance sur le total des prêts est revenu aux niveaux de 2009 », souligne la Banque d’Italie dans un rapport.

Les résultats publiés par UniCredit et Intesa Sanpaolo sont à l’image de ce constat. La première a provisionné 1,8 milliard d’euros pour créances douteuses au troisième trimestre (5,1 milliards d’euros sur neuf mois). Ces dernières s’élèvent à 45,6 milliards, en hausse de 1,8 % par rapport au trimestre précédent, tandis que « les autres catégories de crédits problématiques ont augmenté de 5,7 % à 34,8 milliards », indique la banque. De son côté, Intesa Sanpaolo a provisionné 3,3 milliards d’euros contre 2,2 milliards il y a un an, enregistrant un bond de près de 48 %. Or le flux de nouvelles créances douteuses liées aux prêts accordés aux entreprises est destiné à croître « jusqu’au premier semestre 2013 », selon la Banque d’Italie. « La vraie menace, c’est la qualité des actifs bancaires sapés par les continuelles pertes sur les crédits, estime un analyste milanais. Par rapport aux autres banques européennes plus actives sur le segment des investissements, les italiennes sont davantage orientées sur une activité commerciale. Elles sont donc très dépendantes des cycles économiques. Avec la récession, elles ont vu leur profitabilité reculer davantage et plus rapidement ».

Peu de relais

A cela s’ajoute un cadre législatif du marché du travail très rigide, qui les empêche de réduire drastiquement leurs coûts de gestion. Les banquiers transalpins sont pénalisés aussi par la crise de la dette souveraine et par la baisse des taux d’intérêt. Confrontés à une crise généralisée, il leur devient donc de plus en plus ardu de générer du profit de leur activité traditionnelle d’intermédiation financière. Néanmoins, Intesa Sanpaolo, première banque de détail du pays, et UniCredit, première banque par les actifs, ont toutes deux réalisé un bénéfice net au troisième trimestre respectivement de 414 millions et 335 millions d'euros (voir les chiffre sur neuf mois). La première a expliqué ce résultat par les bonnes performances de son activité de trading et par les gains réalisés lors de rachats d’actions. La seconde met en avant sa « diversification géographique » et sa « solidité en Europe » (environ 40 % de ses revenus sont italiens, mais le groupe est aussi fortement implanté en Allemagne, en Autriche, en Pologne et en Turquie), ainsi que les mesures décidées dans le cadre de son plan stratégique lancé il y a un an, avec à la clé notamment une baisse des coûts, qui lui ont permis de compenser en partie le recul de ses recettes.

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