L’avis de… Thierry Dinard, directeur associé d’Inoven - Alténor et auteur de l’étude Finovation 2012

« Innover, c’est concilier impératifs prudentiels et utilité pour le client »

le 20/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Qu’est-ce qui freine l’innovation bancaire en France ?

La banque est un secteur assez protégé dans lequel la concurrence reste assez douce, les nouveaux entrants ne risquent pas de remettre en cause les équilibres de marché dès leur arrivée, donc finalement, le besoin d’innover pour défendre ses parts de marché reste modéré. En outre, la réglementation demeure assez stricte et influe beaucoup sur la mentalité des banquiers qui imaginent aussi des barrières là où il n’y en a pas forcément. A cela s’ajoute le poids d’une informatique lourde et souvent ancienne qui n’est pas simple à moderniser. Enfin, on ne peut que constater le peu d’intérêt que portent les clients aux nouveautés proposées par les banques.

Et pourtant, une révolution semble bien en cours…

Un courant d’innovation a gagné la banque depuis quelques années, mais c’est assez récent. On le voit notamment à travers les innovations liées aux cartes bancaires dans lesquelles toutes se sont engouffrées. De plus, les banques en ligne commencent à prendre des positions significatives tandis que les clients sont dans un état d’esprit de défiance, si bien que les banques traditionnelles se sentent attaquées et réagissent. C’est ainsi que des postes de directeur de l’innovation ont été créés. Ils sont plus chargés d’être les chefs d’orchestre coordonnant les projets internes que de véritables chefs de projet opérationnels. Leur rôle est d’inculquer des méthodes servant à créer une culture de l’innovation. Les trophées internes sont ainsi un bon moyen peu coûteux de faire remonter les bonnes idées d’une base la plus large possible.

Mais cela permet-il de faire émerger de vraies innovations ?

Attention, les trophées ne sont qu’une action parmi d’autres contribuant à l’innovation. Dans tous les cas, force est de constater que les banquiers sont assez moutonniers en la matière, copiant souvent des initiatives issues d’autres secteurs d’activité. Le risque est de simplement mettre en scène une super veille concurrentielle alors que la véritable innovation nécessite de parfaitement comprendre les impératifs prudentiels, de creuser la question afin d’imaginer le service qui saura les respecter tout en apportant une valeur ajoutée.

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