Rencontre avec... Jean-Paul Betbèze, directeur des études économiques et membre du Comité exécutif de Crédit Agricole SA

« Une immense trappe à liquidité qui ne servira à personne »

le 15/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Quel est au fond aujourd’hui le problème en matière de liquidité ?

C’est à la fois un problème de prix et de durée. Les banques se refinancent, mais avec un coût toujours plus élevé. Cela se retranscrira immanquablement dans les taux de crédit accordés aux clients. En outre, la fonction de transformation sur le long terme repose sur un pari de plus en plus difficile. Or il n’y a aucune raison pour que le prix de la liquidité transformée longue ne soit pas répercuté sur les gros utilisateurs. Cela entraînera un ralentissement économique.

Comment sortir de ce processus ?

Il faut d’un côté que l’Etat, en France et ailleurs, adopte une « règle d’or ». Au-delà des questions politiques, il faut qu’il dise quelle est sa stratégie pour un retour aux équilibres publics, qu’il la soumette au vote et au contrôle. Ensuite, il faut aussi mettre en place des eurobonds. La liquidité est une manifestation de l’interdépendance entre Etats, et plus généralement entre économies. Au-delà de la zone euro, il faut enfin que les Etats-Unis lèvent les inquiétudes sur leur situation économique et qu’ils laissent ainsi circuler leur liquidité. Aujourd’hui, tout le monde va chercher des dollars hors d’Amérique, car il y en a de disponibles, mais en cas de ralentissement fort, ces sources de financement risquent de se réduire aussi, pour aller vers les endroits les plus liquides…, les Etats-Unis, formant une immense trappe à liquidité qui ne servira à personne.

Pourquoi les futurs ratios de liquidité perturbent-ils déjà le regard porté sur les banques ?

Les marchés attendent en effet que les banques se conforment dès maintenant aux ratios de Bâle III qui sont simplement mal venus. Le comité de Bâle cherche à prévenir la prochaine crise alors que la maladie contractée en 2007 n’est pas guérie. Or celle-ci s’est développée non pas à cause d’un manque de régulation, mais de supervision.

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