L’avis de… Marc-Philippe Juilliard, directeur senior en charge de l’assurance chez Fitch Ratings

« Il y aura des provisions pour dépréciation durable dans les prochains mois »

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelles sont les conséquences des turbulences boursières pour les assureurs français ?

Cette situation ne va pas leur faciliter la vie car certaines lignes d’investissements ou certains actifs pourraient se retrouver en moins-values latentes. Il y a donc fort à parier qu’il y aura dans les prochains mois des provisions pour dépréciation durable. Certes, dans la perspective de Solvabilité II et après les déboires de 2008, de nombreuses compagnies ont réduit leur exposition aux marchés actions. Il n’en demeure pas moins que la situation est très pénible, même si elle aurait été sans doute pire sans les ajustements pris en matière d’exposition aux actions depuis 2008. En outre, ces baisses de valeurs impacteront de manière négative le bilan et les fonds propres des assureurs.

Leur exposition aux dettes souveraines est-elle un sujet d’inquiétude ?

Tout dépend du niveau de notation des Etats. C’est donc le cas actuellement pour la Grèce. Pour le Portugal et l’Irlande, notés en catégorie BBB, ces pays suscitent une inquiétude modérée, même si la perspective reste négative. Quant à l’Italie et l’Espagne, notées en catégorie AA, soit un niveau très élevé, il n’y a pas réellement d’inquiétude à ce stade. Mais il est vrai que les emprunts publics subissent des mouvements de volatilité très forts sur les marchés.

Comment jugez-vous les perspectives du secteur ?

La situation n’est pas florissante et il n’y a pas de raison d’anticiper une amélioration d’ici à la fin de l’année. Dans un tel contexte de volatilité sur les marchés actions, il va être très difficile pour un épargnant de consacrer de l’argent à des produits d’assurance-vie en unités de compte, dont la collecte risque donc d’être difficile. Par ailleurs, les acteurs vont subir la forte dynamique des produits bancaires, les banques orientant l’épargne vers des dépôts en raison des contraintes imposées en matière de liquidité qui les incitent à renforcer leur bilan. Enfin, le redressement du taux du Livret A à 2,25 % constitue un enjeu, et la collecte pourrait là aussi se faire au détriment de l’assurance-vie. Les perspectives ne sont donc pas fantastiques.

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