Rencontre avec... Philippe Lamberts, député européen, rapporteur de la directive et du règlement sur les exigences en capitaux pour le groupe des Verts

« Il faudrait des licences bancaires différentes selon la nature des activités »

le 24/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Votre groupe a proposé, sans succès, une différenciation des exigences en capitaux en fonction des modèles bancaires. Le sujet est-il clos ?

Nous n’avons pas gagné sur la différenciation non seulement entre banques systémiques et non systémiques mais aussi entre le « narrowbanking » - autrement dit un service bancaire limité aux dépôts et aux prêts aux entreprises - et le reste. Nous persistons dans l’idée qu’il faudrait, à terme, des licences bancaires différentes selon l’étendue et la nature des activités des établissements. Pour avancer dans ce sens, il aurait fallu travailler plus en amont dans le débat législatif avec les socialistes qui, eux, proposaient une différenciation en fonction de la taille des bilans. Je ne sais pas quelles seront les conclusions du groupe Liikanen sur le sujet, mais je suis convaincu qu’il y aura une CRD5 vu le nombre de sujets qui restent ouverts, comme la pondération du risque sur les dettes souveraines.

La transposition de Bâle III laisse une marge de manœuvre aux superviseurs nationaux pour aller au-delà, ce qui fait craindre à la Commission notamment un alignement vers le haut des exigences en capital. N’y a-t-il pas là un risque pour la distribution du crédit ?

J’observe qu’il y a des banques qui opèrent depuis des années avec des normes correspondant à Bâle III et qui n’ont aucun problème. Elles rémunèrent moins leur capital, moins l’épargne et moins leur personnel. Avec les dizaines de milliards d’euros distribués en rémunération, il y aurait, pour les autres, de quoi reconstituer un capital. Il y a aussi une vérité peu plaisante à entendre pour le public : le surendettement de nos sociétés. On parle beaucoup d’endettement public, moins d’endettement privé. Or il atteint 500 % du PIB au Royaume-Uni, 330 % en Belgique. On va devoir « deleverager » la société dans son ensemble. Motoriser l’économie sur la base d’une bulle de crédit, ce ne sera plus possible. Le fait d’adopter des normes prudentielles plus élevées va ralentir l’émission de crédit. Mais c’est indispensable. Comment gère-t-on la nécessité de se désendetter avec celle concomitante d’investir ? Il n’y a de réponse que dans la réallocation des ressources. Une partie du revenu disponible doit se déplacer de la consommation et de la spéculation vers l’investissement. Ce n’est pas un exercice facile. Les banques forment aujourd’hui une cible idéale mais il ne faut pas s’imaginer que le reste de la société en sortira indemne.

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