L'avis de... Nicolas Véron, chercheur à Bruegel et au Peterson Institute for International Economics

« Il faudra du pragmatisme pour gérer la transition »

le 18/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Quelle est la principale difficulté dans la phase de transition vers l’union bancaire dans laquelle nous entrons ?

La Banque centrale européenne (BCE) ne peut prendre sous son autorité que des banques solvables, sinon on va à la catastrophe. Elle va donc devoir passer les bilans des banques à la paille de fer et définir les besoins de recapitalisation de façon crédible. Tant que cela n’aura pas été mené à bien, il n’y aura pas de progrès.

Le vrai sujet reste donc la résolution ?

Oui, mais pas le mécanisme unique de résolution. Dans la prochaine étape, la résolution sera forcément ad hoc. La direction générale de la concurrence va certainement prendre le leadership. La belle architecture de Michel Barnier (commissaire européen en charge des services financiers, NDLR) ne sera pas applicable au moment où les problèmes se poseront. La question est : que va-t-on faire alors avec les banques sous-capitalisées ?

Y a-t-il un risque pour que la BCE se montre complaisante ?

Ils ne peuvent pas se le permettre. L’Autorité bancaire européenne a compromis sa réputation avec les précédents stress tests (tests de résistance, NDLR). La BCE en tant qu’autorité monétaire ne peut courir ce risque.

Comment pourra être imputée la charge de cet assainissement du secteur bancaire ?

L’an prochain, ce sont les Etats membres qui vont payer. Si un Etat arrive à la limite de ses capacités budgétaires, le Mécanisme européen de stabilité (MES) viendra en appui. Cette intervention est prévue dans le cas d’un Etat sous programme. Mais pour un Etat qui ne l’est pas, la recapitalisation par le MES va envoyer un signal au marché tel que celui-ci risque de lui retirer la liquidité.

Quel est le bon schéma pour la résolution ?

Il faudra faire preuve de pragmatisme pour gérer la transition. Le groupe d’Helsinki (Allemagne, Finlande, Pays-Bas, NDLR) a gagné la première bataille en s’assurant que les Etats payent eux-mêmes pour liquider l’héritage du passé. Mais ce raisonnement va se retourner contre eux. Lorsque la BCE aura vraiment endossé les habits du superviseur fin 2014, les Etats diront : il n’y a plus de raison pour que nous payions puisque nous ne sommes plus responsables de la supervision. On touche ici aux limites de la théorie de l’aléa moral.

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