Rencontre avec... Robert Pickel, directeur général de l’Isda*

« Il est à craindre que les risques s’accumulent au sein des chambres »

le 18/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Les premières règles de « reporting » et de compensation sont entrées en vigueur le 31 décembre et le 11 mars. Comment cela se passe-t-il ?

En général, cela se passe raisonnablement bien, même s’il est encore possible de rendre ces règles plus efficaces. Le prochain obstacle est le 1er mai, date à laquelle certaines règles sur les pratiques commerciales (« business conduct ») entrent en application. Les banques doivent obtenir certaines informations de leurs contreparties avant de conclure des swaps avec elles, ce qui nécessite d’amender leurs accords. Nos membres ont encore beaucoup de chemin à faire. Il se pourrait que des banques ne soient pas en mesure de traiter avec certains clients. Le 10 juin, une vague plus importante d’entités, incluant les sociétés de gestion, devront compenser leurs transactions, et le 9 septembre, d’autres suivront.

Cette compensation réduit-elle le risque systémique ?

Oui, les chambres de compensation peuvent contribuer à réduire le risque systémique. Elles sont un moyen important pour gérer le risque de crédit à travers le netting et l’utilisation de collateral. Nous soutenons cette avancée et nous travaillons pour faciliter les accords avec les chambres de compensation. Mais il est aussi à craindre que les risques s’accumulent au sein de ces entités. Elles doivent donc avoir des procédures de gestion du risque adéquates, suffisamment de capital et une surveillance réglementaire appropriée. Certains disent qu’elles sont les prochaines institutions trop importantes pour faire faillite.

Quelle est votre position sur la « futurization » des « swaps » ?

Ce processus est une évolution naturelle des marchés : les nouveaux produits deviennent plus standardisés avec le temps. Nous nous attendions à ce que certains swaps migrent vers les futures. Mais les acteurs du marché sont aussi préoccupés par la « futurization » entraînée par des règles qui faussent le jeu au détriment de tel produit et en faveur de tel autre, même s’ils sont économiquement équivalents. Le G20 a bien dit que les dérivés devaient être échangés sur des marchés organisés ou des plates-formes de négociation électronique. Mais ce biais est amplifié dans la loi Dodd-Frank et potentiellement par les exigences internationales de marges et de capital. Cela pourrait nuire à la liquidité des marchés de dérivés, et pousser les utilisateurs à opter pour les futures ou à ne plus se couvrir du tout. Résultat, les utilisateurs finaux pourraient faire face à des coûts plus élevés et à moins de choix pour se couvrir efficacement. Nous ne verrons pas le résultat complet de ces changements avant deux ou trois ans.

*International Swaps and Derivatives Association.

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