HSBC Private Bank n’échappe pas aux suppressions de postes en Suisse

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

La filiale helvétique de la banque britannique doit se restructurer, comme l'ensemble du groupe. En prenant en compte un environnement direct difficile.

Les temps sont difficiles pour HSBC Private Bank. Détenue à 100% par HSBC Holdings plc, la filiale suisse du géant britannique «participe, comme l’ensemble du groupe, au plan de réduction des coûts», indique un porte-parole basé à Genève, où se concentre la majorité des activités de banque privée du groupe. Annoncée en mai 2011, cette restructuration doit générer 3,5 milliards de dollars d’économies d’ici à 2013. Ce qui passe par la suppression de 30.000 postes, principalement en Europe et aux Etats-Unis, sur 300.000 dans le monde, et la réembauche de 15.000 collaborateurs dans les pays émergents. HSBC Private Bank Suisse devait cependant être épargnée, assurait encore en août dernier son

chief executive officer (CEO), Alexandre Zeller. Seuls quelques départs à la retraite ne seraient pas remplacés. Mais pour le reste, les 3.169 collaborateurs de la division private banking du groupe, dont 1.779 salariés en Suisse, seraient maintenus.

Des fonctions centralisées

Non seulement il n’en est rien, mais «le programme a déjà commencé. Moins de 120 emplois sont concernés dans le pays», poursuit le porte-parole. La donne a manifestement changé en quelques mois. D’ailleurs, Alexandre Zeller a quitté le groupe, à la surprise générale et sans explication, en février. Il dirigeait HSBC Suisse depuis 2008 et avait été nommé deux ans plus tard responsable du private banking au niveau du groupe pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (Emea). Sa place est désormais occupée par Franco Morra, un ancien d’UBS arrivé chez HSBC en 2010.

Simultanément, HSBC ordonne un remembrement vertical de ses activités. Ce qui, d’après un haut cadre à la retraite depuis le 31 décembre, n’est pas un luxe, dans «cette organisation tentaculaire et technocratique». A Genève, le porte-parole confirme: «Des activités comme le marketing, le juridique ou l’informatique répondent désormais à la direction du groupe à Londres.» Ces transferts sont censés limiter les doublons à l’échelle du groupe, mais ces fonctions ne sont pas plus touchées que les autres par les licenciements, précise la banque. Dès lors, les spéculations vont bon train sur les raisons qui président à ces bouleversements. Parmi les faits avérés, il y a naturellement ce grain de sable, venu perturber la machine à l’automne: comme dix autres banques suisses, HSBC Private Bank s’est retrouvée prise dans les mailles de la justice américaine dans le cadre d’un retentissant conflit fiscal (L’Agefi Hebdo du 16 février 2012). Pour la plus grande banque étrangère du pays, le coup est rude. Et il s’ajoute à l’affaire Falciani. Cet informaticien du groupe est accusé d’avoir volé des données confidentielles de milliers de clients et de les avoir remises au Ministère du Budget français. L’affaire date de 2007 mais a opportunément fait surface en 2009, alors que la France, à l’instar des autres membres de l’Organisation de coopération et de développement économique, fustigeait le secret bancaire suisse. Il n’en fallait pas plus pour que l’on prête au groupe l’intention de se désengager de la Suisse. Il est certes indéniable que le chiffre d’affaires progresse en Asie tandis qu’il recule en Europe et aux Etats-Unis. Un constat valable pour l’ensemble du groupe comme pour sa division Global Private Banking.

Le secret bancaire en question

Certains observateurs ont notamment passé hâtivement en revue les résultats annuels de la branche helvétique: en 2011, elle n’a contribué au bénéfice du groupe qu’à hauteur de 4,3%, contre 15,6% en 2009. En réalité, malgré un exercice 2009 particulièrement perturbé, les montants bruts en dollars s’avèrent stables (voir le graphique). Les années 2006 et 2007 confirment cette constance. De plus, HSBC Suisse enregistre une collecte nette positive depuis deux ans de 13 milliards de dollars par année. Elle se porte donc bien.

Voilà pourquoi, selon Martin Maurer, secrétaire général de l’Association des banques étrangères en Suisse, il ne faut pas confondre la recherche d’efficacité d’une banque avec un supposé départ du pays. L’homme se dit bien davantage concerné par les négociations compliquées sur l’imposition à la source des avoirs étrangers avec l’Allemagne (Rubik) ou le litige fiscal avec les Etats-Unis. Comme lui, Antoine Spillmann, CEO de Bruellan Wealth Management, estime que les problèmes rencontrés par HSBC sont communs à la branche: «Ces banques ne sont pas venues en Suisse pour faire de l’immobilier, mais bien en raison du secret bancaire. Aujourd’hui, elles doivent repenser leur modèle d’affaires en sachant que des rendements à 4% sur le compte de la grand-mère sont terminés.»

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