Les groupes bancaires mutualistes remodèlent leur capital

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Face aux exigences du marché, les barons régionaux cherchent à dynamiser le cours de leur véhicule coté.

BPCE, Crédit Agricole : les mutualistes remodèlent le capital de leurs véhicules cotés - Photo : Bloomberg

Sinistre année 2012. Une perte historique, pas de dividende pour la deuxième fois, l’engagement de convertir le prochain en actions : les caisses régionales du Crédit Agricole avalent bien des couleuvres depuis 2008. Après avoir recapitalisé Crédit Agricole SA (CASA), le véhicule coté dont elles détiennent 56,3 % du capital via la SAS Rue La Boétie (RLB), puis dépêché à sa tête leurs représentants pour faire le ménage, elles veulent donner une image positive de leur groupe. Mais sa réalité n’est pas simple, avec ce jeu de participations croisées qui permet à CASA d’enregistrer 25 % des résultats des caisses régionales dont il détient une partie du capital à travers des certificats coopératifs d'investissement (CCI).

Ce montage a inspiré le groupe BPCE, créé pour sauver Natixis, la filiale cotée commune à Banque Populaire et Caisse d’Epargne. Aujourd’hui, la donne est différente. Les deux maisons mères vont racheter les 20 % de leur propre capital détenu par Natixis sous forme de CCI, pour 12,1 milliards d’euros. François Pérol, président du directoire de BPCE, entend ainsi clarifier la nature de cette banque de gros. « L’objectif est de présenter une organisation plus simple, permettant une meilleure lecture des performances de Natixis, et d’optimiser l’allocation de fonds propres, qui seront désormais plus proches de la réalité économique. Ces fonds propres seront alloués à hauteur de 83 % aux trois métiers cœurs, contre moins de 70 % auparavant », explique-t-il. « Cette opération ne présente que des avantages », résume Pierre Chedeville, analyste chez CM-CIC Securities, citant notamment une « amélioration de la rentabilité » et une « baisse sensible » du coefficient d’exploitation de 76,5 % à 71,2 %. Chez Natixis, « l’opération libérera plus de 2 milliards d’euros de fonds propres, qui sont retournés en quasi-totalité aux actionnaires. La part restante de ce capital améliorera de 0,2 point de base (pb) le ratio de solvabilité, à 9,2 % », ajoute François Pérol. Une fois pris en compte le crédit d’impôt lié à la différence entre résultats comptable et imposable, Cyril Meilland, analyste chez Cheuvreux, l’estime plutôt à 7,8 % fin 2013.

Augmentation de capital

Les actionnaires toucheront en outre un dividende exceptionnel de 2 milliards d’euros, tandis que les sociétaires détiendront 100 % des Banques Populaires et Caisses d’Epargne. « Nous levons les nombreuses interrogations des investisseurs et des analystes sur la structure capitalistique de Natixis. Bien qu’exposée à la banque de détail via les CCI, notre filiale cotée n’avait pas la maîtrise de cette activité », souligne François Pérol, alors que la contribution des réseaux aux résultats de Natixis est structurellement orientée à la baisse (-18 % sur le quatrième trimestre).

CASA est dans une situation différente de par sa nature, puisqu’il s’agit de l’organe central et d’un ensemble de filiales opérationnelles (dont le réseau LCL), et parce que ses résultats auraient bénéficié des performances des caisses régionales si celles-ci n’avaient pas eu à passer des dépréciations, en particulier sur leurs titres SAS RLB. « Le groupe est solide, avec un ratio de Common equity Tier one full Bâle III qui atteint déjà 9,3 % et sera supérieur à 10 % fin 2013 », indique Jean-Paul Chifflet, directeur général de CASA. Pour ce dernier, la solvabilité reste présentée aux normes Bâle 2.5 : 9,7 % de ratio Core Tier one, contre 11,8 % pour le groupe (CASA et les caisses régionales). Jean-Paul Chifflet a beau rappeler que le régulateur et les agences appréhendent le groupe dans son ensemble, il a annoncé « l’extension de ‘Switch’ ». Cette garantie de 5,5 milliards d’euros accordée à CASA par les caisses régionales (rémunérées 9,33 %), qui a remplacé une avance d'actionnaires et d’autres titres hybrides super-subordonnés, n’était pas suffisante aux yeux des investisseurs. « Il y avait un risque d’augmentation de capital pour CASA, reconnaît son directeur général. Nous avons une capacité de transfert des risques. Son ampleur et son niveau de rémunération seront présentés à l’automne, avec notre plan stratégique à moyen terme. »

Le prochain plan de BPCE doit aussi « être annoncé à l’automne, déclare François Pérol. Nous avons besoin pour cela d’un terrain réglementaire formalisé, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui mais pourrait l’être, nous l’espérons, au cours de ce semestre ». Et peut-être également de voir comment se comportent les réseaux dans une conjoncture dégradée. En attendant, leurs maisons mères vont bénéficier du remboursement par Natixis d’une garantie comparable à Switch, P3CI, pour 6,9 milliards d’euros.

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