Groupama ne parvient toujours pas à rassurer sur sa santé financière

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Malgré ses négociations avec la Caisse des dépôts et ses actions sur son portefeuille d’actifs, la compagnie reste dans le collimateur des agences.

Coup de tonnerre chez Groupama. Le 9 décembre, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a annoncé qu’elle pourrait abaisser jusqu’à deux crans la note de l’assureur mutualiste, basculant ainsi de « BBB » à « BB+ », soit en catégorie spéculative. Motif : un affaiblissement persistant de sa solidité financière dans un contexte de marché défavorable. Le verdict a été annoncé pour cette semaine, avec le risque que les négociations avec la Caisse des dépôts (CDC) pour la cession de sa participation de 44 % dans la foncière Silic n’aboutissent pas à court terme. En fait, l’accord entre Groupama et la CDC devait être signé mardi 13 décembre. Outre le volet Silic, il devait également prévoir l’entrée de la CDC au capital de Gan Eurocourtage via des actions de préférence, sans droit de vote, pour un montant de 300 millions d’euros. Une bouffée d’oxygène pour l’assureur mutualiste.

L’avertissement de S&P n’en constitue pas moins un coup dur pour Groupama. Le 8 décembre, lors d’un comité central d’entreprise, la direction générale avait déjà affirmé que le groupe finirait l’année 2011 avec une marge de solvabilité supérieure à 100 %. Insuffisant pour rassurer S&P. D’autant plus que si l’agence mettait sa menace à exécution, les spéculations sur une cession éventuelle de Gan Eurocourtage seraient relancées, malgré l’entrée de la CDC à son capital. « L’activité de cette filiale est la plus sensible à la notation du groupe, observe un analyste financier. Cette cession apparaît comme la plus simple pour Groupama, Gan Eurocourtage étant moins imbriqué que d’autres entités. »

Une dégradation serait particulièrement difficile à accepter : depuis le 24 octobre, la nouvelle équipe dirigeante n’a pas chômé pour de se donner quelques marges de manœuvre et redresser une solvabilité sérieusement fragilisée. Ainsi, initialement prévue pour le premier semestre 2012, la recapitalisation de 500 millions d’euros de Groupama SA par les caisses régionales sera finalement effective dans les comptes 2011.

Cessions d’actifs industriels

Selon nos informations, l’assureur vert a par ailleurs réalisé des plus-values en cédant sur le marché des obligations corporate et d’Etat, y compris de l’OAT (obligation assimilable du Trésor) français, et de l’immobilier. En parallèle, « Groupama a pris des mesures de couverture sur son portefeuille de participation non stratégiques, protégeant ainsi sa marge de solvabilité contre la volatilité, indique l’analyste financier. Une telle opération lui permet d’extérioriser de la richesse dans son compte de résultat et donc d’optimiser sa marge de solvabilité. » L’assureur aurait même cédé des actions, enregistrant certes des moins-values mais s’évitant ainsi de passer de trop lourdes provisions pour dépréciations durables.

Ces mesures ne résolvent pourtant pas les difficultés de Groupama à moyen ou long terme. « En l’état actuel du marché, le groupe devrait continuer d’enregistrer des moins-values latentes sur son portefeuille d’actions, estime l’analyse financier. Il ne peut donc pas échapper à un plan de redressement impliquant de retailler son périmètre. » De fait, l’assureur n’a pas renoncé à céder des activités ou des filiales à moyen terme. « Si aucune décision n’a été prise, la direction continue d’examiner les possibles arbitrages sur les actifs industriels du groupe », fait savoir un responsable syndical CFDT de Groupama. Selon Insurance Times, l’assureur pourrait d’ailleurs prochainement céder Groupama UK, sa filiale britannique, pour 250 à 300 millions de livres (350 millions d’euros). Des cessions d’autant plus nécessaires que le groupe souffre d’un déficit chronique de rentabilité. Depuis 2005, il affiche ainsi en moyenne 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour environ 520 millions de bénéfices. « Malgré de bonnes performances commerciales et un énorme travail pour améliorer sa rentabilité, le groupe a toujours un problème de profitabilité », confirme l’analyste. La nouvelle direction a donc encore du pain sur la planche pour rassurer le marché.

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