L’avis de… Philippe Picagne*, responsable de la recherche assurance chez CreditSights

« Groupama a besoin de 2,5 à 3 milliards d’euros de fonds propres »

le 29/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment expliquer la situation de Groupama ?

La compagnie est confrontée à un problème structurel. Elle s’est lancée dans une stratégie d’expansion à l’international qui faisait sens avant la crise financière et qui était plutôt audacieuse, mais sans développer ses fonds propres en parallèle et en multipliant des acquisitions qui ont généré d’importants goodwill (écart d’acquisitions, NDLR) au sein de son bilan. Selon mes calculs, à fin juin, les fonds propres de Groupama SA sont de 3,3 milliards d’euros - hors intérêts minoritaires et hors la dette de 1 milliard d’euros - pour 4,38 milliards de goodwill et de coût d’acquisition différé que je déduis des fonds propres comptables. Groupama est au plus mal. Un retrait massif des contrats d’assurance-vie des épargnants la mettrait à terre.

Quels sont ses besoins en capitaux ?

J’estime que Groupama a besoin de 2,5 à 3 milliards d’euros de fonds propres. Pour ce faire, soit la compagnie fait appel aux assurés, mais il n’est pas certain qu’ils soient d’accord pour faire cette recapitalisation, soit elle lance son introduction en Bourse mais c’est une histoire qui n’est pas facile à vendre aux investisseurs. La troisième option serait de vendre des actifs, notamment à l’international. Tout dépend des choix de la direction : se recentrer sur le marché franco-français ou continuer une stratégie d’acteur européen. Mais il me semble qu’il faut reconsidérer la stratégie du groupe.

Son exposition aux dettes souveraines est-elle inquiétante ?

L’exposition à la dette grecque n’est pas problématique car elle couvre essentiellement, à mon sens, leurs activités locales notamment en assurance-vie. Le risque est donc porté par les assurés. Ce constat vaut également pour les dettes italienne, portugaise ou espagnole. Le rendement en assurance-vie doit être en rapport avec l’environnement dans lequel vous évoluez.

*Philippe Picagne est par ailleurs professeur d’université

A lire aussi