Gras Savoye s’impose un régime pour gagner en compétitivité

le 21/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Soucieux de dégager de nouvelles marges de manœuvre pour redynamiser son activité commerciale, le courtier en assurance prévoit de supprimer 291 postes.

Gras Savoye s’impose une sévère cure d’amaigrissement. Lors de réunions avec les partenaires sociaux les 12 et 13 mars, François Varagne, son directeur général, a officialisé la mise en œuvre d’un plan de restructuration avec, à la clé, un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) concernant 291 suppressions de postes en France, soit près de 14 % d’un effectif de 2.100 collaborateurs dans l’Hexagone. En parallèle, la direction envisage la création de 57 autres postes, ce qui porterait à environ 230 le nombre de licenciements dans le cadre de ce PSE. Un coup de rabot qui intervient alors que le groupe a connu depuis 2012 près de 160 départs via des ruptures conventionnelles ou des licenciements non économiques.

Ses deux grands centres de gestion de Noisy-le-Grand et d’Ormes près d’Orléans seraient les principales victimes de ce projet, avec respectivement 93 et 45 postes supprimés. « La direction prévoit aussi la fermeture du site d’Aix-les-Bains, qui compte environ trente personnes », ont indiqué à L’Agefi Hebdo deux représentants syndicaux. Des coupes sont enfin envisagées au niveau de certaines fonctions supports (services généraux, informatique…) avec environ 50 suppressions de postes éventuelles.

Détenus à parts égales (31,8 %) par le fonds d’investissement Astorg Partners, le courtier américain Willis et les familles Gras et Lucas depuis sa reprise en LBO (leveraged buy-out) en 2009, Gras Savoye juge pourtant cette restructuration indispensable pour « préserver sa compétitivité sur ses marchés en France » et « dégager des marges de manœuvre » nécessaires pour redresser une dynamique commerciale en perte de vitesse. Dans son rapport annuel 2012, Willis ne s’en cache pas, déplorant une « performance en déclin » du courtier français. De fait, dès mi-2012, les objectifs du plan stratégique 2009-2014, élaborés lors du LBO, ont été abandonnés car jugés « irréalistes ». En 2011, son chiffre d’affaires a d’ailleurs accusé un recul de 1,3 %, à 555,4 millions d’euros. « Gras Savoye ne connaît pas de difficultés financières », rassure toutefois un des deux délégués syndicaux.

Willis en approche

Preuve d’une situation financière plutôt saine, le courtier a pu renégocier récemment sa dette d’acquisition sans que les actionnaires soient contraints de remettre au pot. De même, le groupe a pu récemment engranger des produits de cessions suite à la vente à Omnes Capital du Groupe Eyssautier, spécialiste du courtage en assurances maritime et transport, qui représentait près de 10 millions d’euros de chiffres d’affaires. « Du point de vue de la direction, c’est au niveau opérationnel qu’il faut agir, poursuit le représentant syndical. Il y a eu des pertes d’affaires importantes sur le marché des grandes entreprises au cours des dernières années, et certains centres de gestion, qui ont besoin de produits de masse, manquent aujourd’hui de relais de croissance. »

Contraint de conduire cette mue à marche forcée, Gras Savoye ne fait plus aujourd’hui de la croissance de son chiffre d’affaires une priorité absolue. En janvier, la direction a ainsi dévoilé une simulation de revenus sur la période 2013-2105 qui table sur une croissance modeste de l’ordre de 5 % à trois ans. « Gras Savoye vise aujourd’hui une rentabilité maximale pour satisfaire les besoins de plus en plus pressants des actionnaires, avance un représentant syndical. Il s’agit aussi de préparer le terrain à la prise de contrôle par Willis prévue au 1erjanvier 2016. » De fait, le courtier américain dispose d’une option d’achat pour reprendre 100 % du capital de Gras Savoye. S’il ne renonce pas à cette option avant le 30 avril 2014, celle-ci devra s’exercer en 2015 sans quoi les autres actionnaires pourront initier la vente de Gras Savoye.

En attendant, le plan de restructuration annoncé ne devrait pas entraîner d’inflexions majeures dans la stratégie du courtier français. Le groupe entend toujours concentrer ses efforts sur ses trois priorités stratégiques : la croissance à l’international où Gras Savoye dispose de 46 implantations, l’essor de son réseau régional et, enfin, le développement de l’assurance collective auprès des grandes entreprises. Le courtier a d’ailleurs simplifié son organisation commerciale en se dotant de pôles dédiés : Gras Savoye Régions, Gras Savoye International et Gras Savoye Corporate. Objectif : « être plus efficace dans l’exécution des projets de ses clients » et « renforcer les complémentarités entre ses pôles ». Les arrivées récentes de Gilles Bénéplanc et d’Anne Cavel, deux transfuges de Mercer, doivent justement permettre à Gras Savoye de concrétiser ses nouvelles ambitions.

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