Gras Savoye, la direction ne s'avoue pas vaincue

le 25/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Engagé dans une profonde restructuration, le courtier entend poursuivre son développement en régions et à l’international.

François Varagne, à la tête de Gras Savoye depuis avril 2012, doit mener à bien une feuille de route très précise. DR

Baisse des revenus, plan de licenciements, interrogations sur la structure de capital… L’heure est grave chez Gras Savoye. Patrick Lucas, son président, et François Varagne, son directeur général, sortent de leur réserve pour livrer à L'Agefi Hebdo leur point de vue sur la santé et l’avenir du numéro un français du courtage d’assurance. Quatre ans après sa reprise en LBO (leveraged buy-out), qui a vu le fonds d’investissement Astorg Partners prendre 31,8 % de son capital - à parité avec le courtier anglo-américain Willis et les familles Gras et Lucas -, ce montage laisse encore dubitatif. « C’est un non-sujet, clame François Varagne. D’un point de vue financier, le LBO est sain. Nous avons réduit notre dette de 150 millions d’euros en 2009 à 50  millions aujourd’hui et nous disposons d’une liquidité trois fois supérieure à notre dette. C’est un LBO tout à fait classique avec un alignement des intérêts entre les investisseurs et le management. » En interne, certains s’étonnent pourtant de la partition jouée par le fonds d’investissement. « Astorg ne joue aucun rôle opérationnel dans la compagnie », note un cadre de l’entreprise. « Nous n’effectuons pas de portage, se défend Xavier Moreno, président d’Astorg Partners. Juridiquement, la sortie n’est garantie à aucun actionnaire. Nous sommes un actionnariat de transition entre la période des familles fondatrices (Gras et Lucas, NDLR) et, en 2016, l’intégration à Willis ou l’ouverture à d’autres actionnaires, voire un second LBO. » Willis dispose d’une option d’achat pour reprendre 100 % du capital de Gras Savoye. Une possibilité que le courtier a pourtant reportée d’un an, à juin 2016, afin de « donner plus de temps au management de Gras Savoye pour mener à bien sa restructuration ».

Cure d’amaigrissement

A la tête du courtier français depuis avril 2012, François Varagne doit mener à bien une feuille de route très précise : « Améliorer l’efficacité opérationnelle de Gras Savoye et préserver sa compétitivité ». Le groupe en a bien besoin. En 2012, le courtier a de nouveau accusé un repli (-0,8 %) de ses revenus, après la perte de plusieurs grands clients. « Il y a eu beaucoup de pertes de comptes et même les filiales régionales souffrent », ajoute notre cadre en interne. En outre, si l’entreprise continue de dégager « des résultats honorables », selon son directeur général, « l’exploitation s’est dégradée depuis quelques années, ce qui exige de se transformer sous peine de compromettre notre compétitivité ». Gras Savoye s’impose donc une sévère cure d’amaigrissement à travers un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui prévoit la suppression de 234 postes nets en France, soit plus de 10 % de ses effectifs français. « En tant que courtier gestionnaire, nous avons des adaptations importantes à réaliser, souligne François Varagne. Ce processus de transformation a malheureusement un impact social dans certaines de nos unités opérationnelles. »

Ses sites d’Ormes, près d’Orléans, et de Noisy-le Grand, en sont les principales victimes et, dans une moindre mesure, ceux de Lyon et de Bordeaux où le courtier a une importante activité de gestion en santé. « Nous ne voulons pas casser notre modèle de gestion multisite décentralisée, indique François Varagne. Aucune activité ne sera sous-traitée. Seules certaines tâches à basse valeur ajoutée pourront être externalisées. »

Ce coup de rabot intervient alors que 141,5 équivalents temps plein ont quitté l’entreprise en 2012 via des démissions, des licenciements et des ruptures conventionnelles, selon le rapport du cabinet d’expertise Sacef, mandaté par les syndicats. Pour l’expert, l’enjeu est simple : réduire drastiquement les coûts pour améliorer la rentabilité et ainsi optimiser la valeur du courtier lors de son rachat par Willis. De fait, la formule de rachat par Willis est basée sur une pondération des revenus et de l’Ebitda moyens de Gras Savoye sur les exercices 2014 et 2015. Pourtant, « l’option stratégique dont Willis dispose en 2016 ne détermine en rien la politique de Gras Savoye, guidée par le souci d’améliorer sa propre efficacité opérationnelle », explique le directeur général.

Gras Savoye ne néglige pas pour autant son développement commercial. « Nous comptons nous développer tous azimuts sur notre clientèle : grands comptes, entreprises de taille intermédiaire en régions et à l’international », égrène François Varagne. Au printemps, la direction avait dévoilé aux syndicats une croissance de 5 % de ses revenus sur la période 2013-2015. Le courtier pourrait se montrer actif sur le terrain des acquisitions pour renouer avec la croissance. « Nous sommes intéressés par des courtiers généralistes en régions qui réalisent moins de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires et qui nous permettrait d’être présents dans des zones où nous sommes moins bien implantés, confie Patrick Lucas. Nous étudions aussi quelques dossiers d’acteurs spécialisés susceptibles de compléter l’offre de nos filiales spécialisées. Nous ne ciblons pas nécessairement une grosse structure mais nous ne nous interdisons rien. »

L’international reste aussi un fort relais de croissance pour le courtier, après avoir réalisé une croissance de 5 % en 2012. Présent dans près de 50 pays, « nous allons prochainement ouvrir au Qatar, annonce le président de Gras Savoye. En Afrique, nous finalisons notre implantation au Sierra Leone. Notre déploiement à l’international est loin d’être achevé. » Le courtier n’a donc pas encore rendu les armes.

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