L’avis de... Stéphane Martineau, consultant chez Vertone, société de conseil en stratégie et management

« Les gouvernements feront tout pour tuer le bitcoin »

le 20/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Qu’est-ce qui fait du « bitcoin » un cas unique ?

Le « 

bitcoin » a pour particularité d’être décentralisé et, à la différence d’autres monnaies virtuelles comme les « smiles », les « Facebook credits » ou les « Amazon coins », il ne sert pas à favoriser le commerce sur une plate-forme particulière. Pour l’instant, l’usage du bitcoinest réservé à des technophiles. Il sert essentiellement à des échanges d’argent en « peer to peer », à l’achat de biens digitaux et commence à être accepté par quelques commerces dans le monde physique. Néanmoins, il est décrié parce qu’il permet l’anonymat et peut ainsi servir à des transactions illicites, comme le révèle le scandale de Liberty Reserve. Et surtout, son cours fluctue beaucoup, notamment en raison de la crise économique : par exemple, on a entendu qu’il avait servi à protéger des avoirs de personnes ayant de l’argent à Chypre. Ce sont les importantes variations de son cours qui ont alerté les banques centrales.

Est-ce que ce modèle pourrait être répliqué ?

C’est déjà apparu avec le « linden dollar », la monnaie virtuelle créée pour échanger sur Second Life qui n’a pas fait long feu. Mais il y a de la place pour une monnaie alternative. Les grands réseaux d’acceptation réfléchissent d’ailleurs à proposer leur propre monnaie, ils sont assez puissants pour le faire mais restent tributaires de leur modèle de distribution par les banques. Or les gouvernements feront tout pour tuer le bitcoinparce qu’il échappe à toute fiscalité et parce qu’il permet ainsi l’évasion fiscale. Son usage a pris une ampleur suffisante pour que les politiques s’y intéressent, mais l’anonymat avec lequel il fonctionne peut aussi nuire à la confiance et donc à son développement.

L’émergence des nouveaux moyens de paiement plaide pourtant en sa faveur…

Il ne faut pas oublier les fondamentaux : installer un nouvel instrument de paiement prend une génération, le temps de créer un réseau d’acceptation et de diffuser l’usage. Pour se lancer, il faut un positionnement de niche, puis élargir peu à peu les usages pour tendre vers l’universalité. L’effervescence actuelle autour des nouveaux moyens de paiement cache mal que les modèles économiques restent à trouver.

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