L'avis de ... Dominique Daridan, responsable de la recherche crédit chez Aurel BGC

« Le gouvernement autrichien s’achemine vers une ‘bad bank’ publique »

le 27/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Quelles sont les banques autrichiennes mal en point ? Quel est leur poids ?

Trois banques sont contrôlées à 100 % par l’Etat autrichien : Hypo Alpe Adria International (HAA), le cas le plus emblématique, Kommunalkredit Austria-KA, dont Dexia Crédit local fut actionnaire, et KA Finanz. Un quatrième établissement, Österreichische Volskbanken-Övag, l’organe central des banques populaires, est détenu à 43 % par la puissance publique. Ces quatre banques sont aujourd’hui entre bail-out et bail-in. Elles totalisent 48 milliards d’euros de prêts qu’il faut rapporter à la taille du pays, 8 millions d’habitants. Enfin, les aides de l’Etat autrichien à ces banques depuis 2008 s’élèvent à 12 milliards d’euros.

Dans le cas de HAA, une faillite pure et simple est évoquée au sein du gouvernement installé depuis décembre...

Pour le cabinet Oliver Wyman, ce serait la meilleure solution. Tout est possible pour HAA dont les fonds propres étaient de 1,1 milliard d’euros en juin 2013 pour un total de bilan de 31,3 milliards et un portefeuille de prêts net de 17,1 milliards. Cet établissement était la Landesbank du Land de Carinthie, d’où la caution du Land dont bénéficient 12,4 milliards d'euros d’obligations de la banque. De son côté la Banque centrale autrichienne vient de reconnaître détenir un milliard d’euros de ce type d’obligations. Quant au gouvernement, il a recapitalisé au fil des ans la banque à hauteur de 2,8 milliards, dont 950 millions l’an dernier. Pour corser le tout, la Landesbank bavaroise Balaba, détient une créance sur HAA de 2,3 milliards, dont 1,8 milliard arrivait à échéance fin décembre. Enfin, si HAA est une banque autrichienne, elle n’a plus aucune activité dans le pays suite aux ventes d’actifs demandés par la Commission européenne. Les actifs restants sont des réseaux bancaires, principalement dans l’ex-Yougoslavie. Comment demander au contribuable autrichien de secourir à nouveau une banque qui lui a déjà tant coûté et qui ne finance même plus l’économie domestique ? Que deviendraient les promesses faites au niveau européen de ne plus faire payer le contribuable ?

La solution serait une « bad bank » privée...

Le problème est que les trois grandes banques du pays, Erste Bank, Raiffeisen et UniCredit Bank Austria, refusent cette solution. Ou plutôt, elles ont demandé en contrepartie la suppression d’une taxe sur les banques de 600 millions par an, aujourd'hui censée alimenter un fonds de garantie et qui en réalité alimente le budget général de l’Etat. Le gouvernement s’acheminerait donc plutôt vers une bad bank publique.

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