La gouvernance de Santander soulève un vent de fronde

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Le changement générationnel est en cours. Emilio Botin veut s’assurer que la relève se fera au sein de la dynastie, contre ses actionnaires.

En Espagne, on l’a surnommé « Don Emilio ». Le tout-puissant président de Santander, Emilio Botin, a désormais pour directeur général Javier Marin, 46 ans, son ancien assistant personnel auparavant chargé de la banque privée, de la gestion d'actifs et des assurances. Il remplace Alfredo Saenz qui a donné sa démission le 29 avril dernier. Cet homme de 70 ans, qui avait contribué pendant ces dix dernières années avec Emilio Botin à faire d’une petite banque régionale le numéro un de la zone euro en termes de capitalisation boursière, a été mis au ban du secteur bancaire par la justice espagnole. Condamné pour avoir présenté une fausse plainte contre un client, il a terminé sa carrière avec une honorabilité entachée tout en encaissant un chèque de 88 millions d’euros.

Ce départ marque la fin du tandem Botin-Saenz, mais aussi un changement de génération au sein du groupe. Une petite révolution pour Don Emilio, 78 ans ? Pas vraiment, estime Enrique Perez Hernández, professeur d'économie à l'Institut d'études boursières de Madrid. Pour lui, la nomination de Javier Marin au poste de directeur général vise à une seule chose : « Préparer le terrain pour l'atterrissage de la fille Botin, Ana Patricia, 53 ans, à la présidence du groupe. Toute l’équipe de direction de Santander est beaucoup plus jeune : tous ses membres ont travaillé avec Ana Patricia. »

Même si le président de Santander verrouille depuis des années sa succession avec soin, le maintien de cette dynastie de banquiers, vieille de cent ans et qui ne possède plus que 2 % du capital, ne sera pas facile. Car la pression des 3,2 millions d'actionnaires, qui détiennent environ 57 % du capital, pourrait entraver le passage de flambeau entre Don Emilio et sa fille, présidente de Santander UK. Les fonds d’investissement ne voient pas d’un très bon œil les banques familiales et encore moins les dynasties. Selon El Confidencial, un journal en ligne qui revendique un lectorat influent, la moitié des actionnaires institutionnels réclamait récemment le renouvellement d’une « grande partie du conseil d’administration », estimant que « ses membres ont maintenu leurs mandats trop longtemps ». En mars dernier, certains ont également manifesté pendant l’« Investor Day » leur mécontentement contre la politique de dividendes et de gouvernance du groupe.

Des hommes de confiance

Don Emilio a bien compris le message et a essayé de calmer les esprits en nommant au poste de directeur général son jeune secrétaire Javier Marin, « son homme de confiance », relève Enrique Perez Hernández. Cependant, personne ne sait quand il abandonnera la présidence à sa fille car le banquier espagnol se garde bien de dévoiler ses intentions. Certains analystes pensent qu’il pourrait rester à la tête du groupe aussi longtemps que son père, qui a tenu les rênes de Santander jusqu'à l'âge de 83 ans. « Botin est un véritable extraterrestre, commente Manuel Romera, directeur du département financier à l'IE Business School. Vu son état de santé, je crois qu'il peut tenir jusqu'au bout. » De son côté, Enrique Perez Hernández croit en « la grande force de conviction » de Don Emilio, qui entretient de « très bonnes relations avec ses investisseurs dans le monde entier ». Or, dit-il, l’héritière Ana Patricia possède un « curriculum vitae impeccable » avec une formation à l'université américaine de Bryn Mawr, puis à Harvard. Après des débuts chez JPMorgan, elle est revenue à la maison mère (en 1988), puis est devenue présidente de Banesto en 2002, avant de prendre en 2010 la tête de Santander UK, lorsqu’Antonio Horta Osorio a rejoint Lloyds Banking Group.

Quel que soit son parcours, tout dépendra néanmoins des soutiens internes qu’obtiendra Ana Patricia Botin, estime Mireia Giné, professeur de finances à l’IESE, spécialisée dans la gouvernance des entreprises. La clé de son ascension est détenue par le comité des nominations qui, selon Mireia Giné, est composé de personnes « qui entretiennent une longue et proche relation avec Emilio Botin ». Ce comité est en effet « celui qui a le pouvoir de faire capoter les plans de Botin pour continuer la dynastie », souligne dans un blog Gonzalo Garteiz, l’ancien rédacteur en chef du quotidien économique Cinco Días. Mais Don Emilio y a nommé des hommes de confiance… In fine, ce sont les actionnaires qui auront le dernier mot et les récentes nominations au sein du comité de nomination devront passer le filtre de la prochaine assemblée générale, en mars.

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