Les gérants d’actifs adaptent leurs outils en vue de Solvabilité II

le 22/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Afin d’être aptes à répondre aux exigences instaurées par cette future norme européenne, les sociétés de gestion ont déjà commencé à revoir leur informatique.

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erjanvier 2013 entrera en vigueur la directive européenne Solvabilité II. S’inspirant de Bâle II, cette nouvelle règle prudentielle se décline en trois piliers, sous forme d’objectifs quantitatifs et qualitatifs, ayant pour but de mieux adapter les fonds propres exigés des assureurs aux risques qu’ils encourent. « La mise en place de cette réglementation implique une évolution de nos systèmes d’information pour être en mesure de répondre aux attentes et contraintes de nos clients », explique Philippe Bourgues, responsable des opérations chez CPR Asset Management.

« Il ne faut pas sous-estimer l’importance des travaux qui sont requis du point de vue des données de marché, souligne Marc Alfsen, senior manager chez BearingPoint Consulting. Le pilier 2 par exemple impose une gouvernance globale du risque et suppose une logique de certification de données de marché, qui n’est pas en place chez les ‘asset managers’. » Les gérants auront à fournir la majorité des données et le détail de chaque actif nécessaire au calcul des exigences de solvabilité de leurs clients institutionnels, d’autant que s’il s’agit d’un produit dérivé, le niveau de complexité augmente. « Nous avons procédé à un enrichissement référentiel de deux ordres servant au calcul des SCR (‘Solvency capital requirement’, NDLR) au niveau des données statiques (caractéristiques des actifs financiers et informations spécifiques à Solvabilité II) et des données dynamiques, précise Philippe Bourgues, qui travaille sur le projet depuis mars 2010. En plus de la réutilisation de tous les moteurs de calcul implémentés chez CPR AM pour pouvoir répondre à l’approche de transparence et être précis dans le calcul de l’impact des chocs ‘extrêmes’ réglementaires sur nos portefeuilles, nous avons également mis en place un outil permettant d’assurer la traçabilité des données et des résultats. »

Chez OFI Asset Management, les équipes travaillent sur cette problématique depuis près de deux ans. « Cela a consisté d’une part à enrichir la capacité à décrire plus précisément les instruments et à stocker les informations au sein de nos systèmes, et d’autre part à accéder à la transparence des OPCVM externes présents dans nos fonds ou mandats, indique Stéphane Dorlencourt, directeur du risk management. C’est une évolution plutôt qu’une révolution de notre système d’information. »

Intensité du flux de données

Autre impact et pas des moindres, les gérants vont devoir disposer d’une informatique capable d’intégrer les nouvelles demandes de reporting qui émaneront des investisseurs institutionnels. « Nous avons anticipé sur l’étude des besoins des investisseurs en matière de ‘reporting’ par la définition d’une première maquette spécifique testée auprès de certains de nos clients et qui sera mise en application dès août 2011 », explique Noémie Hadjadj-Gomes, ingénieur financier chez CPR Asset Management. Cette maquette, qui a vocation à être enrichie au fur et à mesure des échanges avec les clients, comprend notamment un reporting indiquant les chocs appliqués par classes d’actifs et leur impact en termes de capital exigible calculé à partir de la formule standard. D’autres ont procédé à des développements à la marge. « En termes de ‘reporting’, nous sommes déjà en mesure de répondre aux besoins d’inventaires dont nos clients vont avoir besoin », affirme Stéphane Dorlencourt. « Le calcul du SCR est certes un nouvel élément mais cela n’a pas posé de problème d’intégration dans notre système qui dispose d’une architecture à la base très ouverte, ajoute Jean-Robert Hervy, responsable middle-office transverse chez OFI Asset Management. Peut-être que par la suite, on utilisera des calculs plus sophistiqués pour accompagner nos clients, mais à ce stade, c’est davantage un renforcement de l’information sur les instruments et de calculs sur les produits. »

Pour être conforme à Solvabilité II, le système d’information des sociétés de gestion doit être apte à supporter une diffusion de données plus importante en volume, mais aussi en fréquence. Selon la directive, la diffusion des informations sera trimestrielle, mais les assureurs pourraient demander des rapports plus fréquents. Une nouveauté déjà intégrée dans les processus. « La diffusion des informations sera faite trimestriellement mais, à la demande du client, nous pourrons réaliser des calculs supplémentaires et à fréquence réduite », rapporte Noémie Hadjadj-Gomes.

Contraintes et opportunités

Collecter, détailler, vérifier, stocker, historiciser et transmettre une diversité de données dans le bon format, rapidement, tout en assurant leur qualité et leur traçabilité, etc. Toutes ces opérations nécessaires pour répondre au principe de transparence institué par la directive représentent un coût opérationnel important pour les gérants. « L’intégration des nouveaux besoins de transparence a doublé le nombre d’outils au sein de notre système, ce qui représente un impact et un défi important en termes de coûts », rappelle Jean Robert Hervy. Mais en raison de ses exigences, Solvabilité II offre également des possibilités notamment à travers le développement d’outils de gestion des risques à la pointe. « Toutes ces informations, une fois que l’on peut en disposer, permettent d’affiner le suivi du risque », explique Stéphane Dorlencourt. Un service qui peut ensuite profiter au client. « A titre d’exemple, un certain nombre de nos clients nous sollicitent actuellement pour savoir quelle est leur exposition aux émetteurs souverains, souligne Jean Robert Hervy. Notre système d’information nous permet de leur répondre de façon instantanée et plus précise. »

C’est aussi une occasion de repenser l’architecture informatique et de créer de nouveaux instruments. « Nous avons mis en place un ‘outil maison’ à partir des moteurs de calcul implémentés par CPR AM et utilisés quotidiennement pour la valorisation et le calcul des risques des différents instruments en portefeuille, confie Noémie Hadjadj-Gomes. Cet outil sera amené à évoluer en fonction des évolutions de la réglementation et des nouveaux instruments. »

Solvabilité II ne doit pas seulement être vue comme un exercice de conformité. « Les gérants sont en train de mesurer les impacts en termes de coûts, mais ils ont tous intérêt à revoir leurs systèmes car Solvabilité II est en ligne avec l’ensemble de la réglementation post-crise qui vise à accroître la transparence et la lisibilité des fonds », prévient Marc Alfsen.

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