Generali confirme son intérêt pour l’Est

le 24/01/2013 L'AGEFI Hebdo

L’assureur italien recentre ses activités, mais cherche des relais de croissance.

Mario Greco, le nouveau directeur général de Generali. photo : Simon Dawson/Bloomberg

Présenté à Londres, le nouveau plan stratégique de Generali était un événement très attendu. Sans doute trop : l’action de la société, qui avait bondi de quelque 67 % depuis la nomination de Mario Greco au poste de directeur général en juin, a terminé en baisse de 3,09 % à Milan ce même 14 janvier, trahissant la déception des analystes devant l’absence de nouveautés significatives. Aux effets d’annonces, Mario Greco a préféré détailler les quatre points saillants de ses objectifs à horizon 2015 : le groupe veut ainsi renouer avec un bilan solide et s’est fixé pour objectif de porter son ratio de solvabilité à 160 % d’ici à cette date, comparé à 140 % au cours des neuf premiers mois en 2012. La génération de cash-flow devra aussi dépasser les 2 milliards d’euros. Outre un changement de l’approche clients, le groupe a également mis au sommet de ses priorités la discipline technique et la maîtrise des coûts au travers d’un plan d’économies de 600 millions d’euros. Enfin, Generali entend se reconcentrer sur son métier d’assureur, en privilégiant une contribution plus importante de l’assurance-dommages dans son bilan et en se séparant de ses activités non centrales, dont la banque privée suisse BSI ainsi que ses activités de réassurance aux Etats-Unis pour lesquelles le groupe a indiqué le 18 janvier avoir reçu des offres non contraignantes. Le directeur général a également beaucoup insisté sur la nécessité de modifier la ventilation des opérations géographiques du groupe : « A présent, 80 % de nos activités se trouvent en Europe de l’Ouest, a-t-il souligné. Cela ne reflète pas la répartition de la population globale, ni celle de la classe moyenne. Generali a besoin d’investir dans les pays où la classe moyenne est basée. »

Dans cette optique, le numéro trois de l’assurance européenne a réaffirmé l’importance de la Chine, mais aussi des pays d’Europe centrale et orientale (Peco), son quatrième marché après l’Italie, la France et l’Allemagne - avec 6 % des primes et 9,5 % de ses profits opérationnels. Le 8 janvier, le groupe italien avait annoncé son intention de racheter en deux temps les 49 % de la société commune GPH, créée il y a quatre ans avec le milliardaire tchèque Petr Kellner, détenteur du fonds PPP, pour 2,5 milliards d'euros. Parallèlement, Generali se renforce en Russie en montant à 38,5 % dans l'assureur Ingosstrakh, au travers d’un échange d'actifs avec PPF. « Je voulais que les actionnaires commencent à évaluer les opérations de la zone en fonction de leurs mérites - dont je pense qu’ils sont nombreux - plutôt que de se focaliser sur l’impact potentiel en capital », a martelé le directeur général aux investisseurs. Présent dans dix pays d’Europe centrale et orientale, GPH enregistre 4 milliards d’euros de primes et 14 millions de clients.

Le groupe italien a d’ores et déjà avancé ses pions dans les pays de l’Est les plus importants en volume de primes, comme la République Tchèque où il revendique la première place avec 34,6 % de part de marché. Selon AM Best, ce pays concentrait fin 2011 un volume de 8,8 milliards d’euros de primes, soit le troisième marché le plus important de la zone après la Russie (43,3 milliards d’euros) et la Pologne (19,1 milliards). Generali revendique aussi la deuxième place en Serbie et en Hongrie. L’attractivité de cette région géographique repose sur des facteurs économiques : les études anticipent une progression du produit intérieur brut de ces pays trois fois plus importante que celle des pays d’Europe de l’Ouest au cours des cinq prochaines années. La croissance des primes, en rythme annuel, sera aussi deux fois plus importante que celle des pays d’Europe de l’Ouest et la rentabilité 2,5 fois plus élevée, selon Generali.

Compétitivité et rentabilité

Les potentialités de croissance n’ont pas échappé à d’autres acteurs européens majeurs : arrivé en Pologne en 1997, Allianz est aujourd’hui présent dans neuf pays d’Europe centrale et de l’Est et fait partie des trois principaux acteurs dans six d’entre eux, à l’exception de la Pologne (numéro 4), la Russie (6) et l’Ukraine (15). Implanté dans cette région grâce au rachat de Winterthur en 2006, déjà présent en République Tchèque, en Hongrie, en Pologne et en Slovaquie, Axa a réalisé 9 millions d’euros de bénéfice opérationnel dans les Peco en 2011 et 37 millions en dommages. Pour ces deux assureurs, la contribution de la région aux profits opérationnels et aux primes reste néanmoins très modeste. « Alors que pour des acteurs comme Vienna Insurance Group et Uniqa, cette région reste au centre de la stratégie, avec respectivement quelque 50 % et 20 % des primes totales, pour des acteurs comme Allianz, Ergo et Generali, la participation reste peu significative et n’excède pas les 5 % à 8 % des primes totales de ces groupes », estime Carlos Wong-Fupuy, analyste senior chez AM Best. C’est aussi un marché mûr pour la consolidation : « Certains marchés souffrent d’un trop-plein, avec des marges de profits sous pression et des relations parfois tendues avec les actionnaires ou les gérants locaux », relève l’analyste d’AM Best. Si Generali ne s’est fixé aucun objectif de croissance dans cette zone, Mario Greco a indiqué qu’il souhaitait accroître sa compétitivité et sa rentabilité dans ce marché. Il risque néanmoins de se heurter à forte concurrence.

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