Un garrot pour le crédit

le 20/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Les banques seront-elles encore à même de financer les entreprises en 2012 ? La question devient pressante alors qu’elles sont sommées tout à la fois de se conformer à un calendrier brusquement accéléré de mise en application des ratios de Bâle III et de se recapitaliser massivement pour affronter la crise de la dette souveraine.

Les institutions financières cherchent à rassurer, et affirment clairement leur volonté de continuer à accompagner leurs grands clients. Mais elles seront plus sélectives dans les projets, notamment dans les activités trop consommatrices de fonds propres, surtout celles financées en dollars. Du côté des grandes entreprises, l’heure n’est pas à la panique. Même si elles se montrent plus vigilantes à l’égard de leurs contreparties, elles ne tablent pas sur un assèchement du crédit, d’autant plus qu’elles disposent d’amples liquidités accumulées ces dernières années, et ont de toutes les façons la capacité à se tourner vers les marchés de financement désintermédié (lire L’Evénement page 8).

Mais cette sérénité peut-elle tenir dans la durée ? Car on voit mal comment les banques pourraient éviter une réduction drastique, et sans précédent, des bilans, et donc le resserrement des vannes du crédit. Le contexte de défiance des investisseurs est tel qu’on ne les voit pas investir dans des établissements de crédit dont les cours se sont effondrés cet été, qui sont encore contraints par Bâle III de détenir de la dette d’Etat, un actif devenu à risque, et qui offrent des perspectives de rentabilité et de rendement limitées. Quant au secours des Etats, il n’y faut pas compter, menacés qu’ils sont de dégradation par les agences de notation.

Les chiffres de la Banque centrale européenne signalent déjà un resserrement certain des critères d’octroi des prêts bancaires. Et si les financements sont encore pour le moment disponibles - du moins s’ils ne sont pas libellés en billets verts -, il est certain que les conditions de prix et de maturité vont être bouleversées pour toutes les entreprises, une situation qui sera encore plus pénalisante pour les entreprises de taille moyenne qui n’ont pas accès aux marchés.

Avant de livrer leur chiffrage définitif pour les ratios de solvabilité, les politiques et régulateurs devraient bien peser les conséquences de leur action. Car avec le durcissement accéléré du cadre réglementaire, ce sont non seulement les banques qu’on affaiblit en les privant d’activités rentables, mais c’est aussi toute la croissance qui est en jeu.

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