Rencontre avec... Bruno Deletré, directeur général du Crédit Foncier

« Le futur ratio de levier nous pousse vers de nouveaux modes de travail »

le 14/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Comment voyez-vous évoluer la production de crédit habitat ?

Le recul du volume de crédits à l’habitat a été brutal, passant de 162 milliards d’euros en 2011 à 115 milliards en 2012. Pour 2013, nous anticipons un prolongement de ce mouvement, mais à un rythme moins fort, avec une production d’une centaine de milliards d’euros. Ce niveau est faible si l’on tient compte de taux d’intérêt de crédit immobilier très bas qui devraient, en principe, stimuler la production.

Les banques ont-elles resserré leurs conditions d’octroi de crédit ?

Franchement, il n’y a pas de durcissement. Dans un environnement économique et social qui se dégrade, il est normal que les établissements de crédit portent une plus grande attention à la solvabilité des emprunteurs, qu’ils soient donc plus vigilants sur le niveau de l’apport personnel ou sur le ratio charges d’emprunt/revenu. Mais l’essentiel de la baisse de la production de crédit est imputable à l’important affaissement de la demande, accentué en 2012 par les incertitudes macroéconomiques, politiques et fiscales.

Bâle III et les futurs ratios de liquidité, influencent-ils déjà la production de crédit ?

La tendance des banques est de limiter les engagements très longs. C’est la conséquence des nouvelles contraintes de liquidité. Le Crédit Foncier est de plus en plus seul sur la partie longue de la courbe, à 30 ans, grâce à sa filiale de refinancement notée « AAA », la Compagnie de Financement Foncier.

« Covered bonds » ou titrisation, à quel marché appartient l’avenir ?

Le volume d’émissions de covered bonds, essentiellement européennes, est passé de 200 milliards d’euros en 2011 à 150 milliards en 2012. Pour les deux premiers mois de l’année 2013, 23 milliards d’émissions benchmark (de plus de 500 millions, NDLR) ont été placées, ce qui annonce un volume annuel probablement inférieur à 120 milliards. Pourtant, la demande des investisseurs est forte et les spreads se resserrent, mais l’offre n’est pas dynamique en raison des politiques de deleveraging menées par les banques qui n’ont nulle envie de conserver à leur bilan trop d'actifs sous-jacents de covered bonds. Concrètement, le futur ratio de levier nous pousse à mettre en place, à côté de notre activité traditionnelle, de nouveaux modes de travail. Je pense à la titrisation qui, au contraire des covered bonds, est déconsolidante puisque la nouvelle réglementation ne nous impose de conserver qu’au minimum 5 % des actifs originés au bilan. Nous nous y préparons par des appels au marché réguliers et significatifs. Nous avons titrisé un milliard d’euros d’actifs l’an dernier, nous devrions en faire 2 milliards en hors bilan cette année, pour près de 8 milliards de production de crédits.

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