Fragile City

le 14/03/2013 L'AGEFI Hebdo

« No future for you! » Les banquiers de la City doivent parfois penser que la goguenarde interpellation des Sex Pistols a été écrite pour eux. Contrairement à ce qu’on croit souvent, le ressentiment antibancaire va outre-Manche au-delà de la fronde populaire diffuse que l’on retrouve, peu ou prou, dans les autres pays développés. Il est largement partagé au sein des élites et du monde politique, y compris conservateur comme en témoigne la position en pointe de l’ancien chancelier Nigel Lawson. C’est du reste lui qui, avec quelques autres, mène le combat pour un durcissement de la loi de séparation bancaire qui doit matérialiser le fameux rapport Vickers. Les dizaines de milliards de livres dépensés par le Trésor pour sauver les « fat cats » sont dans toutes les mémoires, d’autant que les banques écrivent toujours leur chronique scandaleuse sans parvenir encore à recouvrer la santé (lire L’Evénement). Leur scission gagne chaque jour en partisans, jusqu’au sein de la Banque d’Angleterre où le gouverneur Mervyn King prône celle de RBS.

Dans cette bataille, le lobby bancaire peut compter sur le soutien du gouvernement, conscient de l’importance de conforter cette industrie essentielle pour le pays mais affaibli par une conjoncture impitoyable. Or la City vient déjà de subir, avec l’ensemble des banques européennes, une rude défaite sur les bonus. La nouvelle réglementation lui posera un redoutable problème de modèle économique dans la mesure où, pour compenser des bonus strictement limités, les acteurs devront augmenter les salaires, réduisant du même coup leur capacité d’adaptation en cas de coup dur. Les bonus ne pouvant plus servir d’amortisseur, c’est l’emploi qui jouera ce rôle. L’instabilité chronique de ce secteur d’activité est dès lors appelé à empirer, ce qui pourrait amener des établissements n’appartenant pas à l’Union européenne à s’interroger sur l’opportunité de maintenir leur siège à Londres.

Certes, on fera bien de se garder de tout raisonnement mécaniste. Outre sa situation géographique idéale, la City disposera longtemps encore d’une masse critique de capitaux et de talents, sans parler de la culture cosmopolite de la capitale, qui lui assureront la prééminence. Mais la menace qui pèse sur son avenir n’est pas moins claire à l’approche du référendum qui doit sceller le devenir du Royaume-Uni en Europe. D’une part parce qu’une éventuelle sortie de l’Union n’assurerait pas de facto à la City un avenir de place offshore rayonnante si les grandes banques d’investissement américaines n’y trouvent pas leur compte ; et d’autre part parce qu’on peut de toute façon s’interroger sur le rayonnement durable d’une Place de plus en plus fondée sur des acteurs structurellement tentés par la délocalisation et de moins en moins sur son secteur financier national, menacé de relégation en deuxième division.

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