La foudre s’abat sur les résultats des banques espagnoles

le 08/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Les provisions n’épargnent aucun établissement. Et pourraient se poursuivre.

Devant le siège de Banco Popular à Madrid. Les banques espagnoles ont dû augmenter leurs provisions de 80 milliards d’euros.

Le troisième trimestre a été particulièrement douloureux pour les banques espagnoles qui ont été obligées, en vertu des dernières lois sur la réforme du secteur financier, d’augmenter leurs ratios de solvabilité et de provisionner leurs actifs toxiques issus de l’immobilier. Au total, 80 milliards d’euros de provisions pour l’ensemble du secteur. Ces provisions ont fait chuter de 94 % le bénéfice net de Santander au troisième trimestre et de 42 % celui de Caixabank. Banco Popular, qui n’a provisionné que 200 millions d’euros ce trimestre, a quand même vu son bénéfice chuter de 25%. Bankia, nationalisée en mai dernier, affiche 2,6 milliards d’euros de pertes après une provision au troisième trimestre de 4 milliards, et 11 milliards sur les neuf premiers mois de l’année.

Une hausse continuelle

En fait, ce sont de loin les créances douteuses qui ont le plus affecté les résultats des établissements financiers. Car, comme le conclut un rapport publié cette semaine par l’Association espagnole des hypothèques, les Espagnols ont de plus en plus de difficultés à rembourser leurs traites. Sur les neuf premiers mois de l’année, Banco Santander a ainsi provisionné 9 milliards d’euros pour couvrir ses risques d’impayés contre 5 milliards pour se protéger des risques de l’immobilier. Dans le cas de Caixabank, la troisième banque du pays par sa capitalisation boursière, les provisions pour couvrir les crédits douteux s’élèvent à 3,2 milliards d’euros contre 632 millions sur son portefeuille d’actifs immobiliers. Quant à Bankia, elle a provisionné jusqu’en septembre 2012 11,4 milliards d’euros, dont 4,015 milliards au troisième trimestre, en raison de « détériorations d’actifs financiers et autres », peut-on lire dans son rapport qui ne précise pas comment se répartissent les provisions. En août dernier, les créances douteuses des banques espagnoles atteignaient 10,51 % du total des crédits, soit 178,579 milliards d’euros de crédits immobiliers susceptibles de ne pas être remboursés.

Chez Santander, les créances douteuses représentaient 6,38 % des prêts fin septembre 2012 contre 4,33 % pour l’ensemble du groupe. Alfredo Saenz, le directeur général, a annoncé qu’elles pourraient même augmenter à 7,4 % en 2013. Banco Popular affiche, de son côté, un taux de créances douteuses de 7,8 % tandis que le ratio de Caixabank atteignait 8,4 %, en hausse par rapport au dernier trimestre (5,6 %). Et ce taux n’est pas près de s’améliorer au vu de la situation de l’économie espagnole, avec un taux de chômage qui a grimpé de 24,63 % à 25,02 % au troisième trimestre. Au fur et à mesure que grandit l’armée de chômeurs en Espagne, augmente aussi celle des mauvais payeurs qui, faute de pouvoir faire face à leurs traites, sont expulsés de leurs logements. Un cercle vicieux, qui fait exploser le taux des créances douteuses pour lesquelles les banques sont obligées de se provisionner.

Seule Banco Popular a fait exception au troisième trimestre, ne provisionnant que 200 millions d’euros pour couvrir les risques des impayés et de l’immobilier, contre 2,7 milliards au trimestre précédent. Son objectif : mettre de côté 7,5 milliards d’euros pour 2012, au total 9,2 milliards jusqu’en 2013. La banque, qui a racheté en février dernier Banco Pastor, devra faire passer les 4,9 milliards restants aux résultats du dernier trimestre, ce qui, selon Gabriella Serres, analyste chez Aurel, pénalisera fortement les résultats du groupe pour toute l’année 2012. Déjà, sur les neuf premiers mois de l’année, ils ont chuté à 38 %. Selon l’analyste, « le groupe attend de connaître le résultat de son augmentation de capital avant de réaliser ces provisions supplémentaires ». Le résultat de l’audit mené par le cabinet américain Oliver Wyman en septembre dernier a révélé que Banco Popular affichait un besoin de capitaux de 3,2 milliards d’euros. C’est la raison pour laquelle la banque réalisera début décembre une augmentation de capital de 2,5 milliards d’euros, a communiqué Jacobo Gonzalez-Robatto, le directeur financier de Banco Popular lors de la présentation des résultats.

Chargé d’effectuer un stress test (test de résistance) sur quatorze banques espagnoles représentant 90 % du secteur, Oliver Wyman avait évalué à 59,3 milliards d’euros les besoins en capitaux du secteur dans le pire scénario de crise, tablant sur un recul du produit intérieur brut de 6,5 % et des exigences de capital de 6 %. Selon l’auditeur américain, seules Santander, BBVA, La Caixa, Kutxabank, Bankinter et Unicaja résisteraient au test le plus adverse, plaçant ces six établissements dans le premier groupe des bons élèves. Car « les seules banques qui peuvent se sauver sont celles dont le business est orienté à l’international, comme BBVA ou Santander », estime un analyste financier de la City, qui ne souhaite pas être cité. Oliver Wyman avait mis Bankia, Caixa Catalunya, Banco de Valencia et Nova Caixa Galicia - les quatre banques nationalisées - dans le groupe des mauvais élèves, et dans le troisième groupe, Banco Popular, BMN et les établissements sur le point de fusionner : Liberbank, Caja 3 et Ibercaja. Ces banques seront obligées de se recapitaliser avant le 30 juin 2013 et de présenter des plans drastiques de restructuration. Si elles n’atteignent pas les objectifs, elles devront passer leurs actifs toxiques à la Sareb, la bad bank (structure de défaisance) espagnole, qui sera chargée de les gérer.

Vers une consolidation

Les experts attendent encore d’en savoir plus sur la structure de défaisance qui constitue l’un des piliers de la réforme du secteur financier espagnol. Car les informations tombent au compte-gouttes et même si, cette semaine, le président du Fonds de garantie bancaire espagnol (Frob) Fernando Restoy a communiqué à la presse le pourcentage des décotes à appliquer sur les différents actifs qui passeront dans la Sareb, il a également précisé que « le prix du transfert des actifs toxiques n’est pas le prix correspondant à la valeur de l’actif ». Pour les analystes, cette valeur est pourtant déterminante. Selon Joaquin Maudos, professeur à l’Institut de recherches économiques de Valence (IVIE), « si le prix est trop faible, la banque devra assumer un important volume de pertes qu’elle aura à provisionner ». Miguel Angel Bernal, professeur à l’Institut d’études boursières, estime que si la situation économique s’aggrave, « des provisions additionnelles pourraient être nécessaires, même si elles n’atteindront pas le niveau actuel » et chiffre à 20 milliards le montant de ces provisions additionnelles. Irma Garrido, analyste chez Ahorro Corporación, remarque que « les banques saines pourraient en avoir besoin pour s’aligner avec la ‘bad bank’ » et calcule que sur la base du stress test réalisé par Oliver Wyman, « la charge additionnelle des provisions pourrait atteindre les 2,85 milliards d’euros ». Les experts estiment par ailleurs que la dévaluation des actifs avec la ristourne appliquée pourrait également « tirer vers le bas » les prix des actifs immobiliers dont les entités saines cherchent à se débarrasser.

Miguel Angel Bernal juge que les efforts « considérables » réalisés permettront d’assainir les banques mais l’assainissement ne résoudra pas la crise sans politique de croissance. Les analystes prévoient une consolidation du secteur, avec notamment la probable liquidation de Banco de Valencia entre autres. Reste à résoudre en décembre le problème des banques qui n’auront pas pu lever les fonds nécessaires pour assouvir leurs besoins en capitaux, comme Ibercaja, Liberbank et Marenostrum.

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