Dossier Nouveaux entrants dans la finance

Les fonds d’investissement se tournent vers les services financiers

le 09/02/2012 L'AGEFI Hebdo

L’accélération de la crise financière et les contraintes réglementaires leur ouvrent des perspectives d'acquisition.

Photo: PHB/Agefi

Carlyle ne lésine pas sur les moyens. Le géant américain du capital-investissement (private equity) s’apprête à lever un fonds d’au moins 1,1 milliard de dollars dédié exclusivement aux services financiers. Baptisé Carlyle Global Financial Services Partners II, ce nouveau véhicule doit remplacer un précédent fonds de même nature dont les sommes ont été investies à environ 90 %. Carlyle n’a jamais fait mystère de son intérêt pour l’industrie financière. Dernière opération notable : la reprise en juin 2011 de RAC, filiale d’assistance automobile de l’assureur britannique Aviva. Carlyle n’est pas un cas isolé. Début janvier, Bridgepoint s’est emparé de Quilter, filiale anglaise de gestion de fortune de Morgan Stanley, tandis que JC Flowers s’est illustré en rachetant en octobre Fidea, la compagnie d’assurances de KBC.

Un marché plus fluide

Cet appétit pour les services financiers témoigne de la volonté des fonds d’investissement de diversifier leurs risques et leurs participations, étant traditionnellement sous-pondérés en actifs financiers dans leurs portefeuilles. Le private equity bénéficie surtout d’un environnement porteur. L’accélération de la crise financière et la pression réglementaire exercée par Bâle III et Solvabilité II poussent les institutions financières à réduire leur bilan et à procéder à des arbitrages dans leur périmètre d’activités. « Le marché s’est beaucoup fluidifié en cinq ans, observe Paul Mizrahi, cofondateur de BlackFin Capital Partners, société française née en 2009 et spécialisée dans les services financiers. Les banques se rationalisent et acceptent davantage de céder des filiales non stratégiques. » Un constat partagé par d’autres acteurs du marché. « Au regard du contexte actuel, on s’attend à ce que des activités soient cédées et beaucoup de fonds d’investissement vont alors regarder les dossiers qui se présenteront, indique Monique Cohen, directeur associé chez Apax Partners. Le cas des opérations de fusions-acquisitions est exemplaire. Elles se faisaient jusque-là entre institutions financières. Or celles-ci devraient être moins actives, étant toutes soumises aux mêmes contraintes de fonds propres. »

Dans un tel environnement, les fonds d’investissement pourraient élargir leur champ d’investissement dans ce secteur. Historiquement, le private equity s’est tenu à l’écart des activités dites de bilan pour concentrer leurs efforts sur les métiers annexes (courtage, cartes, moyens de paiement, back-office…). Or « la nouveauté réside dans le fait que certains fonds ont repris des activités bancaires et d’assurance et pas seulement des services périphériques », note Pascal Stefani, gérant d’Advent International à Paris. La reprise de l’assureur-vie britannique Guardian par Cinven en est une parfaite illustration.

Des possibilités en Europe de l’Est

Tous les facteurs sont donc réunis pour réaliser de belles opérations. Mais si les transactions sont légion dans les pays anglo-saxons, le private equity ne connaît pas encore le même succès en Europe continentale. « Les fonds ont sans doute une carte à jouer dans les pays d’Europe de l’Est où certaines activités financières sont en cours de cession, avance Monique Cohen. En revanche, en France, en Belgique ou aux Pays-Bas, il n’y a pas encore d’activités en vente. » Ainsi, l'Hexagone n’apparaît pas encore comme une terre d'accueil très favorable. « En France, un fonds ne sera pas facilement agréé par les autorités de tutelle pour acquérir une activité bancaire ou une compagnie d’assurances », regrette Monique Cohen. Les observateurs notent tout de même une certaine ouverture d’esprit à l’égard des acteurs du private equity. « Le secteur a l’air de s’ouvrir avec la crise financière et le besoin de fonds propres des banques, remarque Pascal Stefani. En France aussi, le 'private equity' doit pouvoir devenir un véritable acteur des services financiers. Toutefois, nous devons leur montrer que de telles opérations seront aussi bénéfiques pour leurs clients et leur cœur de métier grâce aux investissements que nous réalisons. » La balle est tout autant dans le camp des acteurs du capital-investissement que dans celui des autorités de tutelle.

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