Les fonds de capital-investissement s’activent en Espagne

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Mal vus dans la péninsule, les « fonds vautours » construisent leur nid sur les débris de la crise. Et deviennent une alternative aux banques.

Al’affût de bonnes affaires, les fonds de capital-investissement présents en Espagne sont en train de renforcer leurs bataillons pour passer à l’attaque. Blackstone, Oko, Apollo, Lone Star, Aktiv, Vesta ou Cerberus seraient parmi les plus actifs, énumère José Ignacio Atance, manager senior chez Cumbria FSC, cabinet de conseil spécialisé dans le secteur financier. Selon les sources, le secteur financier espagnol aurait déjà vendu entre 5 et 10 milliards d’euros de créances douteuses à des fonds d’investissement, souvent d’origine anglo-saxonne.

Les banques ont plutôt bien accueilli leur intervention car elle a contribué à leur permettre de répondre aux recapitalisations imposées en février 2012 par le gouvernement espagnol. En mars dernier, Banco Santander a ainsi vendu à Fortress un portefeuille de crédits à la consommation impayés pour 1,2 milliard d’euros, révèle El Confidential. Mais, dans l’Espagne en crise, l’opinion publique considère certains fonds, les distressed funds, comme des « fonds vautours ».

« Ils sont en train d’acheter des portefeuilles de crédits douteux à des prix ridicules, souvent inférieurs à 10 % de leur valeur comptable, souligne José Ignacio Atance, pour ensuite récupérer rapidement leur investissement avec des méthodes d’encaissement très agressives. » Les taux de rentabilité leur permettraient ainsi de doubler leur mise, selon Iñaki Gabilondo, directeur associé du cabinet Freshfields Espagne.

Leur champ s’élargit

Le quotidien Expansion avance qu’Apollo envisage d’investir dans les prochains mois plus de un milliard d’euros. Le fonds texan Lone Star vient d’inaugurer sa nouvelle plate-forme de recouvrement de crédits après avoir racheté à Banco Santander un portefeuille de créances douteuses pour une valeur de 140 millions d’euros. Le fonds américain Fortress a lui aussi décidé de développer sa propre plate-forme, Paratus AMC, pour gérer les prêts « pourris » qu’il a rachetés tout au long de la crise. Le fonds scandinave Aktiv Kapital a également acquis deux portefeuilles d’actifs comparables à Bankia, pour 926 millions d’euros. Cerberus a aussi réalisé plusieurs opérations, mais ne s’est pas installé dans la péninsule. En revanche, la société d'investissement a décidé de s’associer avec Poniente Capital, géré par José Maria Aznar Botella, le fils de l’ex-président espagnol.

« L’énorme besoin en capitaux en Espagne a permis d’ouvrir la porte à ce genre de fonds », constate Miguel Angel Bernal, professeur d’économie à l’Institut d’études boursières de Madrid. C’est également l’avis d’Iñaki Gabilondo, qui remarque l’aspect positif de leur importante capacité à lever des fonds à un moment où « le secteur bancaire ne peut plus apporter le même volume de financements qu’avant la crise et le marché de capitaux n’est pas assez profond. Ces fonds, qui gèrent des investissements de plusieurs milliards d’euros, constituent clairement une alternative ».

Fermetures d’agences de caisses d’épargne, vente d’actifs dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et de l’immobilier - des « bureaux, centres commerciaux loués, hôtels, etc. », souligne Iñaki Gabilondo : l’heure du festin est proche pour les distressed funds, ces « vautours ». Bien que moins prioritaires, logements, terrains ou participations dans des entreprises de promotion immobilière sont également dans la ligne de mire des fonds d’investissement.

En outre, l’année 2013 pourrait être propice aux fonds d’investissement grâce notamment au lancement de la « bad bank » espagnole, la Sareb. Si jusqu’à maintenant, ils n’ont pas voulu entrer à son capital faute de garanties suffisantes sur la rentabilité de leur investissement via la dette subordonnée, l’achat d’actifs immobiliers pourrait présenter de nouvelles aubaines. Des fonds tels que Pimco, Cerberus ou KKR pourraient intervenir via des véhicules d'investissement destinés à faciliter les ventes de la Sareb. Voire reprendre très vite des blocs d’actifs. Pour Iñaki Gabilondo, tout dépendra donc si la Sareb souhaite se débarrasser de ses actifs rapidement ou si elle misera sur le temps pour les vendre à un prix supérieur. Cette dernière hypothèse est privilégiée par certaines sources qui relèvent que les coûts de la « bad bank » vont être élevés et le risque de voir comptabiliser ses actifs comme de la dette publique lourd de conséquences pour l’Espagne.

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