Les fondations bancaires italiennes étranglées par la crise financière

le 12/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Le rôle de ces actionnaires atypiques, telle la Fondation MPS, est aujourd’hui menacé, ouvrant de nouveaux modes de gouvernance aux banques italiennes.

La Fondation Monte dei Paschi di Siena n’a plus les moyens de soutenir Banca MPS. Le plus vieil établissement bancaire du monde doit trouver 3,2 milliards d’euros de capitaux supplémentaires, ainsi que le préconise l’Autorité bancaire européenne (ABE). Mais son premier actionnaire (à 45,9 %) doit se résoudre à être dilué, pour ne plus détenir sans doute que 33 % du capital. Après avoir participé à la recapitalisation réalisée par la banque en 2008, Fondazione MPS a dû s’endetter à hauteur d’un milliard d’euros l’été dernier pour une nouvelle augmentation de capital. Depuis, la crise financière a fait chuter la valeur de ses titres bancaires. Elle est acculée. « Le fait qu’elle soit obligée de réduire fortement sa participation dans Banca MPS est devenu un drame national ! C’est ridicule, fustige un analyste. Les fondations ont rempli depuis longtemps leur mission de stabilisateur du système bancaire lors de son passage du public au privé. Elles n’ont plus lieu d’être. » Considérées comme les seuls investisseurs institutionnels stables du système, ces dernières ont pourtant renforcé leur position au fil des ans, acquérant un rôle central dans la gouvernance des banques. « Le système bancaire italien, encore très fragmenté, devait se consolider ultérieurement en suivant les règles du marché, poursuit l’analyste. Mais les pouvoirs publics ont préféré maintenir les fondations par intérêt politique, multipliant ainsi les centres de pouvoir et les fauteuils inutiles. »

Créées en 1990 pour accompagner la privatisation des banques, dont elles étaient les propriétaires initiales, les 88 fondations du pays ont ainsi pour la plupart gardé un lien étroit avec les établissements financiers, à leur plus grand avantage jusqu’en 2007. La valeur de leurs participations bancaires s’élevait encore à 25,3 milliards d’euros en 2010, représentant 42,5 % du total de leurs actifs, mais elle s’est effondrée. Et les dividendes ont suivi la même tendance, passant de 78 % de leurs revenus en 2008 à 24,4 % en 2009 pour parfois disparaître. Certaines fondations poursuivent l’effort. C’est le cas parmi celles qui contrôlent 12,5 % d’UniCredit. La première banque d’Italie vient de lancer son augmentation de capital (lire l’encadré). Selon les estimations de l’ABE, les besoins de capitaux du secteur ont été revus à la hausse, à 15,366 milliards d’euros.

Un tournant

« Jusqu’à l’an dernier, les fondations ont souscrit sans hésiter aux recapitalisations, en augmentant leur présence dans les banques convaincues de récupérer rapidement leurs billes, souligne Giulio Tagliavini, professeur des intermédiaires financiers à la faculté de Parme. Mais la donne a changé avec la persistance de la crise et la forte détérioration de la valeur de leur portefeuille. » Le patrimoine des fondations s’étiole et distribuer des ressources sur le territoire, comme leur statut leur impose, devient de plus en plus difficile pour elles. Pour permettre aujourd’hui aux fondations de recapitaliser les banques, divers scénarios sont à l’étude : intervention publique à travers la Caisse des dépôts, soutien des banques d’affaires via des produits financiers dérivés ou encore vente de la part des fondations d’une partie de leurs options de souscription. « Nous sommes à un tournant, conclut le professeur Tagliavini. Les recapitalisations vont porter les banques à s’ouvrir à d’autres actionnaires et à trouver un nouvel équilibre dans leur gouvernance. »

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