La Fondation Grameen Crédit Agricole se lance dans le « social business »

le 22/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Nouvelle étape de son développement, la fondation de microfinance investit dans des entreprises à vocation sociale et crée un fonds dédié.

Un ‘social business’ est une entreprise qui sert à résoudre des problèmes. » C’est la définition que Muhammad Yunus a donnée en mars lors d’une conférence-débat organisée au siège du Crédit Agricole pour célébrer les quatre années d’existence de la Fondation Grameen Crédit Agricole. Dotée dès sa création de 50 millions d’euros, cette fondation a contribué au financement de 24 institutions de microfinance pour un montant de 24,4 millions d’euros, ce qui a permis d’octroyer des crédits à 1,223 million d’emprunteurs. Elle s’oriente désormais vers le social business, ce que Jean-Luc Perron, délégué général de la fondation, désigne comme une façon de concilier « le meilleur de l’esprit d’entreprise et de l’esprit de solidarité au service d’une mission sociale ».

Concrètement, pour la Fondation, il s’agit d’investir directement en tant qu’actionnaire dans des entreprises à vocation sociale, permettant ainsi à des familles vivant sous le seuil de pauvreté et exclues du système bancaire de percevoir des revenus réguliers. Mais attention, ce n’est pas de la simple philanthropie, au contraire. « Un ‘social business’ doit être rentable pour être pérenne, ce qui nécessite de réinvestir les bénéfices dans l’entreprise », explique Jean-Luc Perron. C’est ainsi que la Fondation est devenue actionnaire de quatre sociétés pour un montant global de 1,5 million d’euros : la Laiterie du Berger, au Sénégal, qui achète le lait d’éleveurs semi-nomades et leur donne un débouché industriel et commercial ; Grameen Danone Food, la coentreprise de Danone et de Grameen qui produit des yaourts enrichis destinés à lutter contre la malnutrition infantile au Nord du Bangladesh ; Phileol, une société qui achète la récolte de ricin de 3.000 petits producteurs à Madagascar afin de produire de l’huile de ricin ; enfin, Chamroeun, une institution de microfinance cambodgienne qui prête aux populations les plus pauvres de Phnom Penh. « Le ‘social business’ est un modèle que les gens ont du mal à comprendre, soulignait d’ailleurs Muhammad Yunus. Ce n’est pas un projet qui sert à faire de l’argent, ce n’est pas non plus de la philanthropie qui consiste à donner de l’argent sans retour, c’est une véritable entreprise dans laquelle on met de l’argent pour qu’il revienne et serve à résoudre des problèmes liés à la pauvreté. Par exemple, une coentreprise créée avec Veolia a permis d’apporter de l’eau dans des villages au Bangladesh, d’autres ont été fondées avec Uniqlo ou Adidas… »

Dividende social

Pour donner plus de poids à ce nouvel engagement, la Fondation Grameen Crédit Agricole va lancer un fonds de social business dès l’agrément des autorités luxembourgeoises obtenu (le siège de la fondation est au Luxembourg où le droit des fondations ouvre de nombreuses possibilités). Ce fonds de 15 à 20 millions d’euros et d’une durée de dix ans, dans lequel la Fondation investira également, s’adressera à des investisseurs avertis et « socialement motivés, désireux de combiner esprit d’entreprise et esprit de solidarité ». En d’autres termes, des institutionnels, personnes privées fortunées et fondations, qui ne gagneront pas d’argent grâce à ce fonds mais seulement le remboursement de leur investissement à l’échéance. Le dividende sera donc de nature sociale : des populations défavorisées qui parviennent à gagner leur vie. Ce fonds sera ainsi lui-même un social business qui donnera mandat à la Fondation d’analyser et sélectionner les projets présentés ensuite au comité d’investissement. Sa diffusion sera assurée par les banques privées des caisses régionales et par Amundi auprès d’un public forcément restreint. Le Crédit Agricole envisage dans un second temps de créer un fonds commun de placement d’entreprise afin de rendre cet investissement accessible aux salariés par le biais de l’épargne salariale du groupe. Pas à pas, le financement de la microfinance pourrait ainsi se démocratiser.

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