Foire aux actifs

le 17/11/2011 L'AGEFI Hebdo

On brade en Europe ! Portefeuilles d’actifs, activités secondaires, filiales marginales, mais aussi titres de dette souveraine… Les banques européennes ont entamé de grandes manœuvres de délestage à tout va. Un processus si rapide que l’on est en droit de s’interroger sur ses conséquences. Qui va désormais financer l’économie, acheter les obligations d’Etats proches de l’asphyxie et soutenir les émergents ? Ces questions, souvent soulevées par les banquiers, sont enfin exprimées même par les régulateurs. Mais n’est-il pas paradoxal d’entendre coup sur coup le commissaire Michel Barnier, le nouveau patron du Conseil de stabilité financière Mark Carney, et même la directrice générale du FMI Christine Lagarde - la première pourtant à réclamer les recapitalisations - appeler les établissements financiers à la modération ? Ne sont-ce pas les pompiers eux-mêmes qui ont allumé le feu ? Et leurs inquiétudes ne sont-elles pas un peu tardives ?

S’il est vrai que l’enfer est pavé de bonnes intentions, alors on doit y croiser bon nombre de régulateurs et de politiques. Car ce sont bien eux qui ont tout à la fois accéléré le calendrier de mise en place des ratios de Bâle III, et exigé des recapitalisations massives pour cause notamment de valorisation en valeur de marché des titres souverains. Leur volonté de renforcer les établissements financiers par la recapitalisation et la transparence des comptes pour éviter tout risque de réédition du cauchemar de 2008 était sans doute louable. Mais à forcer les curseurs quitte à jouer les apprentis sorciers, ils ont enclenché un processus qu’ils n’avaient pas prévu ou dont ils n’avaient pas mesuré l’ampleur.

Plutôt que de lever de nouveaux capitaux ou de renoncer à distribuer des dividendes, les banques ont logiquement opté, dans leur majorité, pour une réduction massive et quasi immédiate de leurs bilans. Dans un contexte de marchés extrêmement volatils, on comprend leur peu d’entrain à recourir à des levées qui pourraient s’avérer très coûteuses, voire risquées. L’opération annoncée par UniCredit cette semaine devrait servir de test à ce sujet. Quant à la suppression des dividendes, Société Générale a ouvert la voie, une première depuis sa privatisation, sans faire pour l’heure beaucoup d’adeptes.

Dégonfler le dénominateur leur a paru plus praticable que d’augmenter le numérateur. D’où la cession pure et simple d’activités consommatrices de fonds propres et coûteuses en liquidités (lire L’Evénement page 8) et le délestage d’obligations souveraines. Tout ce qui n’est ni dans leur cœur de métier ni dans leur zone d'influence naturelle va être soldé, s’il le faut dans la précipitation. C’est une gigantesque foire aux actifs qui s’engage. Elle fera beaucoup de perdants et quelques gagnants qui, discrètement, se positionnent. C’est un paysage profondément transformé qui s’apprête, sous nos yeux, à émerger.

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