Dossier Nouveaux entrants dans la finance

Les financiers s'émancipent pour lancer leur « hedge fund »

le 09/02/2012 L'AGEFI Hebdo

L’abandon de certaines activités de trading entraîne la création de fonds alternatifs. En France, les initiatives se multiplient.

L’industrie de la gestion alternative entre dans une nouvelle phase de son histoire mouvementée avec le lancement de nouveaux fonds par d’anciens traders. L’interdiction des opérations de trading pour compte propre, suite au Dodd-Franck Act et à la règle Volcker, conduit progressivement les banques à abandonner ces activités. Forcés de quitter leur poste, les traders sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’aventure. Certains départs ont d'ailleurs été particulièrement médiatisés. Début 2011, Morgan Sze, l’une des stars de Goldman Sachs, annonçait le lancement d’Azentus Capital à Hong Kong. L’ancien responsable du trading pour compte propre de la banque américaine gère près de 2 milliards de dollars sur des stratégies d’arbitrage sur les actions (long-short). Véritable fabrique à traders, Goldman Sachs avait vu Pierre-Henri Flamand sortir de ses rangs dès 2010 pour créer son fonds Edoma Partners. Dernier d’une longue liste, Sutesh Sharma, responsable du trading action chez Citi, est sur le point de lancer son premier fonds. Sa société de gestion, Portman Square Capital, est basée à Londres.

En France, les initiatives émanent plutôt de gérants que de traders. « Il est encore trop tôt pour que ce phénomène soit visible, relève Thierry Carlier-Lacour, directeur associé chez Nicholas Angell, cabinet de chasseurs de têtes spécialisé dans la gestion d’actifs. Les banquiers des BFI (banque de financement et d’investissement, NDLR) que nous voyons s’intéressent plutôt, pour le moment, aux métiers du conseil. Certains pensent à la gestion d’actifs mais leur réflexion n’est pas encore mûre contrairement aux anciens gérants d’actifs pour qui il est plus simple de sauter le pas. » Et même pour ces derniers, un obstacle de taille se dresse devant eux : la levée de fonds.

Convaincre les investisseurs

« Le plus problématique a été de trouver des investisseurs, confirme Anne-Sophie d’Andlau, cofondatrice de CIAM, un hedge fund spécialisé dans la stratégie d’arbitrage de fusions-acquisitions. Nous avons mis un peu plus d’un an à lancer le fonds. » L’équipe a fait un tour d’Europe pour trouver des investisseurs. Après 15 premiers millions de dollars provenant principalement de family offices, la société a collecté 25 millions auprès de l’incubateur néerlandais IMCubator, filiale du fonds de pension APG. La difficulté est de convaincre des investisseurs pas toujours familiarisés avec le style de gestion. « La dimension psychologique, le momentum, l’attrait pour la stratégie sont autant d’éléments pesant dans la balance », poursuit Anne-Sophie d’Andlau.

Pour éviter le casse-tête de la levée de fonds, Olivier Ramé et Jean-Philippe Collin ont préféré ne pas couper le cordon avec leur ancien employeur. La Française AM a investi dans leur société de gestion, Swell AM, à hauteur de 25 % du capital. Le groupe financier a apporté 90 millions d’euros en seed-money. « Nous voulions monter notre société afin de développer notre propre offre en gestion d’allocation tactique, explique Olivier Ramé. Nous nous sommes naturellement tournés vers notre employeur, d’autant qu’il avait déjà financé d’autres anciens de la société. » L’appui de La Française AM est aussi important pour l’obtention de l’agrément auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF). « Le régulateur est particulièrement vigilant quant aux risques opérationnels », ajoute Olivier Ramé. La Française AM va accueillir l’équipe dans ses locaux et mettre à disposition son infrastructure opérationnelle. Swell AM, qui a obtenu début janvier un agrément sous condition suspensive, espère obtenir le visa définitif d’ici à mi-février.

« L’environnement est favorable pour que ce type d’initiative se développe en France, note Jean-François Monteil, directeur général associé du cabinet de recherche de cadres dirigeants Transearch. Néanmoins, Paris est encore trop souvent vue de l’extérieur comme une place financière régionale malgré une expertise reconnue, notamment en gestion d'actifs. » Un événement pourrait changer la donne : l’installation dans la capitale d’une vedette du secteur, Guillaume Rambourg. L’ancien gérant de Gartmore a obtenu l’agrément de l’AMF pour sa société Verrazzano Capital début janvier et devrait lancer deux premiers fonds long-short actions en mars avec 250 millions de dollars d’investissement, selon nos informations. Il espère atteindre 500 millions en deux mois.

Le lancement du fonds Emergence, par le pôle de compétitivité Paris Innovation et Paris Europlace, pourrait faciliter l’arrivée de nouveaux entrants. Ce fonds d’incubation est destiné à soutenir le développement des jeunes sociétés en gestion d'actifs en France. Il est doté de 120 millions d’euros. De quoi alimenter, dès leur création, de nouveaux fonds en seed-money.

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