L’avis de... Nicolas Bertapelle, fondateur de Jasmin*

« Finance participative et microfinance pourraient se rejoindre »

le 31/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Le cadre réglementaire français est-il un réel handicap au développement de ces sites de financement participatif ?

La réglementation devrait changer prochainement. Le législateur sera contraint de tenir compte des aspirations des consommateurs, même si la finance participative ne rentre pas dans les cases juridiques actuelles. Leurs attentes sont fortes concernant la destination de leur épargne, la possibilité de participer à la vie économique et ainsi de jouer un rôle citoyen. Les plates-formes, en tant qu’acteurs alternatifs aux banques, ont une place à prendre. Les sites les plus importants jouent d’ailleurs un rôle pédagogique et dialoguent avec les autorités, mais n’importe qui ne peut pas proposer ce type d’offre.

Quelles sont les restrictions à l’entrée ?

Côté prêteurs, sur le site Prêt d’Union, deux des trois conditions suivantes doivent pour l’instant être réunies : avoir travaillé un an dans la banque ou la finance, être aguerri au trading et disposer d’un patrimoine financier d’au moins 500.000 euros. Côté emprunteurs, ils sont triés sur le volet, leur risque est étudié de très près et beaucoup de dossiers sont refusés. Clairement, cette solution ne s’adresse pas à tout le monde. Le prêt participatif reste un micromarché, ce qui n’empêche pas les banques de le regarder de près. Comme pour la microfinance, l’enjeu de la finance participative est de savoir quand ce marché va décoller et permettre une vraie approche industrielle. Aujourd’hui, cela reste une niche teintée de solidarité et d’utilité sociale, mais dédiée à une clientèle aisée.

Mais c’est justement dû à la réglementation qui protège les consommateurs et empêche la démocratisation de ce type d’offre…

La finance participative plaît parce qu’elle propose une approche solidaire, républicaine et permet d’agir au niveau local. Elle ne tient toutefois pas complètement sa promesse puisqu’elle ne permet pas aux exclus du système classique d’accéder à des prêts ou à des capitaux. Elle n’est pas encore arrivée à maturité mais l’envie profonde des consommateurs de s’y investir et la capacité des plates-formes à s’organiser pour parler d’une voix commune devraient contribuer à la faire reconnaître, un peu comme la microfinance qui est désormais bien identifiée. A terme, ces deux façons d’exercer la finance pourraient d’ailleurs se rejoindre pour servir deux types de populations différentes.

*Cabinet de conseil en management, auteur de l’étude « Le peer-to-peer en finance ».

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