La fin de l’eldorado

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Le paradoxe peut faire sourire : alors que les fortunes ne cessent d’augmenter et que les pays asiatiques produisent de nouveaux millionnaires chaque jour, le dogme selon lequel la banque privée est un eldorado pour des groupes bancaires en mal de rentabilité est battu en brèche ! Il est loin le temps où le métier de gestion privée était un « must have », une vache à lait supposée pour des institutions financières en quête de dépôts, de marges solides obtenues grâce à la vente fortement rémunératrice de produits sophistiqués issus des ateliers des banques d’investissement, et d’une image de marque de luxe. Las, la crise est passée par là et a remis sérieusement en cause le modèle (lire L’Evénement). Car si la banque privée reste peu consommatrice de fonds propres, un atout indéniable en ces temps où Bâle 3 sanctionne tant d’autres activités bancaires, les fondamentaux depuis 2007 ont été bouleversés. La baisse généralisée des tarifs liée à la transparence et la concurrence accrues a mis à mal la rentabilité, tout comme la persistance de taux bas et l’aversion aux risques des clients qui considèrent comme synonymes les termes « produit structuré » et « produit toxique ».

Surtout, une avalanche réglementaire s’est abattue sur la sphère de l’investissement et a révolutionné la conduite, tout comme les coûts, de la banque privée. La gestion des risques et de la conformité, sans parler des dispositifs antiblanchiment et antifraude fiscale, sont désormais au cœur de l’activité : un tiers des effectifs peut être aujourd’hui consacré à la compliance ! Cela entraîne des investissements en termes de systèmes d’information et de personnel astronomiques, voire insoutenables pour certains. Comment désormais offrir des produits adaptés à chaque réglementation nationale et à chaque client sans disposer d’une base importante dans le pays ? Forte présence en banque de détail, synergies avec les plates-formes de banque de financement et d’investissement, taille critique pour réaliser des économies d’échelle, ces prérequis pour assurer un maillage international étroit est réservé à des acteurs aux poches profondes, comme le montre le retrait de nombres d’acteurs de pays désormais jugés non rentables. Les banques spécialisées dans la gestion privée n’échappent pas au questionnement du modèle, notamment celles des pays où la disparition du secret bancaire est programmée. Le recentrage est donc inévitable. Entre des régulateurs intraitables dans leur défense et des investisseurs et des clients plus exigeants, le métier n’est désormais plus à portée de tous. Une pierre supplémentaire dans le jardin des banques universelles.

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