La fin d’Etebac ouvre une nouvelle ère

le 16/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Les nouvelles messageries banques-entreprises adoptées, les discussions entre les partenaires vont porter sur la préparation plus active au Sepa.

Photo: PHB

La migration Etebac est presque terminée. Une grande majorité des 90.000 entreprises concernées se sont mises en situation de communiquer avec leurs banques grâce à de nouveaux protocoles, Ebics ou SwiftNet. Quelques PME, autour de 10 % des clients des banques, doivent encore « basculer » d’ici à juin 2012 et devraient bénéficier d’un accompagnement particulier de la part des établissements bancaires et des prestataires informatiques. A l’origine de ce mouvement de masse, la fermeture du réseau X25 vieux de 33 ans décidée par Orange pour fin septembre 2011, puis reportée au mois de juin prochain. A la place, banques et entreprises doivent passer sous IP (internet protocol), abandonner Etebac, un protocole de communication spécifique, et choisir entre Ebics et SwiftNet, langages recommandés par le CFONB (Comité français d’organisation et de normalisation bancaires) et compatibles avec internet. Si Orange Business Services a informé tous ses clients depuis longtemps, les banques et les SSII (sociétés de services en ingénierie informatique) les ont accompagnés étroitement : les conseillers de clientèle et les back-offices bancaires ont été mobilisés de longue date. « Le réseau commercial a été associé à la migration afin de répondre aux interrogations des entreprises, et l’organisation des back-offices a été renforcée pour traiter les demandes », souligne Eric Flour, directeur marketing cash management de Société Générale. Idem à la Bred : « Le Groupe Appui Flux (Graf) en charge du projet de migration a formé les collaborateurs, défini les offres produits et contrats associés et organisé la migration des clients avec SVP Flux, un service spécifique dédié à la clientèle entreprises », énumère Patrick Barbier, responsable du Graf de la Bred Banque Populaire. « Chez LCL, il reste autour de 5 % de nos clients à faire migrer, ils bénéficieront d’un accompagnement individualisé afin de basculer au plus vite vers les nouveaux protocoles », note Christian Le Gouanvic, directeur commercial et marketing de la banque des flux LCL.

Economies d’échelle

Après des efforts importants sur toute l’année 2011, le bilan est donc plutôt positif côté banques. « Beaucoup de moyens ont été mobilisés, note Marc Espagnon, responsable des paiements et du cash management de BNP Paribas. Nous sommes revenus à un dispositif normal qui permet d’accompagner les retardataires au fil de l’eau. » Les banques ont bien maîtrisé leur sujet, semble-t-il.

Si BNP Paribas note une certaine prédilection de ses clients - de grandes sociétés mais aussi de plus petites - pour SwiftNet, les entreprises ont majoritairement choisi Ebics. « 80 % de nos clients ont opté pour Ebics, parce qu’il est plus simple et moins coûteux, et 20 % pour SwiftNet, plus cher mais plus adapté aux problématiques internationales, détaille Emmanuel Quentin, vice-président en charge de la stratégie et du marketing produit de Kyriba. Pour l’instant, il n’y a pas d’amélioration de la communication entre les banques et les entreprises. Elles ont préféré un remplacement simple de leur fonctionnement antérieur mais avec le passage au Sepa, il y aura des économies d’échelle à réaliser et de nouveaux services proposés par les banques, comme la signature électronique notamment. » Cet élément de sécurisation est très important du point de vue des banques qui poussent les entreprises à l’adopter. La signature électronique permet en effet de certifier dans le message transporté que son auteur est bien habilité à donner de telles instructions, alors qu’auparavant, les entreprises confirmaient leurs ordres par fax, ce qui contraignait les back-offices bancaires à rapprocher les ordres de leur confirmation et à vérifier manuellement les habilitations. Une fois la signature électronique mise en place, ces traitements sont automatisés et fluidifient le processus et la sécurité est nettement accrue.

Un bénéfice certain qui s’inscrit dans le grand mouvement de dématérialisation que les banques poussent avec volontarisme parce qu’il contribue aux économies d’échelle, certes. Mais la sécurité reste un enjeu, surtout compte tenu des dernières tentatives de fraudes. « Récemment encore, des personnes se sont fait passer pour les dirigeants de plusieurs entreprises et ont demandé des virements d’urgence soit en raison d’un contrôle fiscal, soit pour aider la brigade financière à démanteler un réseau de fraudeur », alerte Richard Cordero, délégué général de l’Association française des trésoriers d’entreprise. Présentée comme un service à valeur ajoutée, la sécurité devient un produit à vendre. « Nous avons choisi d’accompagner les entreprises vers Ebics TS avec signature électronique à l’aide de 3SKey, certificat multibanque de Swift, expose Eric Flour. Nous gérons les droits des signataires, le contrôle des habilitations est ainsi automatisé. Le traitement des remises de nos clients est donc plus rapide et l’activité des back-offices fluidifiée. »

Renégociations à venir

Les banques devraient en profiter pour lancer d’autres services. La Bred prépare une version professionnelle d’Ipab, un point de connexion unique via internet permettant l’authentification et le stockage de documents dématérialisés. Des solutions mobiles devraient également voir le jour pour aider les trésoriers à contrôler et à valider les opérations à distance. Pour Christian Le Gouanvic, les opportunités sont multiples : « Les nouveaux standards XML permettent de transmettre plus d’information et facilitent les rapprochements automatiques des données, ce qui devrait contribuer à enrichir et optimiser les possibilités de traitement interne pour les entreprises, estime-t-il. Celles-ci pourront également standardiser leurs systèmes d’échange pour leurs activités européennes et internationales. » L’aspect international intéresse beaucoup : « Avec le passage à SwiftNet, il sera désormais possible pour certaines entreprises de centraliser leurs ordres de paiement au niveau européen, suggère Marc Espagnon. Les grands groupes l’ont déjà fait, mais des sociétés plus petites pourraient s’y intéresser. A l’avenir, il sera également possible de faire de même pour le ‘trade finance’, l’ouverture de compte, la trésorerie… » Un discours partagé par Société Générale : les deux banques veulent promouvoir les payment factories ou usines de paiement permettant à toutes les filiales d’un groupe d’envoyer leurs ordres au même endroit.

Restructuration des relations

Du point de vue des entreprises, cette migration technique devrait être la base d’importantes économies. La renégociation est dans l’air. « Plusieurs appels d’offres sont en cours, note Quentin Heslouin, responsable France d’IT2 TreasurySolutions. Ils visent à restructurer les relations avec les banques par la réduction du nombre de comptes et de banques, et à intensifier les relations d’affaires afin de réaliser des économies substantielles. »

Des économies d’autant mieux venues qu’une nouvelle échéance se profile à l’horizon : celle du passage au Sepa. En effet, l’un des intérêts de la migration Etebac est qu’elle constitue le socle du passage aux moyens de paiement européens, SCT (virement) et SDD (prélèvement). Ils deviendront obligatoires à partir du 1erfévrier 2014, si le Parlement européen vote bien le texte le 20 février prochain. Le SCT, lancé en 2009, commence à avoir une existence significative si l’on en croit la Banque de France qui l’estimait à 17,5 % des virements interbancaires au premier semestre 2011. Il faut dire que le SCT ne nécessite pas d’adaptation très importante des systèmes d’information des entreprises, mis à part la transformation du RIB (relevé d’identité bancaire) en Iban - BIC*, ce que les banques proposent en général de faire pour le compte de leurs clients. En revanche, le SDD implique un transfert de responsabilité vers les entreprises qui devront désormais obtenir de leurs clients les mandats les autorisant à prélever leurs comptes, et les conserver. Banques et entreprises fourbissent désormais leurs armes. Les unes travaillant sur des offres de gestion de mandats, ou d’envoi des messages aux clients finaux avant les prélèvements, les autres cherchant ou testant déjà des solutions développées par des prestataires techniques, mais aussi parfois en interne. Encore une migration à gérer, mais cette fois, personne n’est en avance. 

*International bank account number - Bank identifyer code

ETEBAC : Echangestélématiques banque clients.

EBICS: Electronic Banking International Communication Standard.

XML: Extensible Markup Language, langage informatique créé pour permettre l’échange de données entre systèmes hétérogènes.

ISO 20022 : Norme universelle de message pour l’industrie financière.

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