La fin du commissionnement divise la finance britannique

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Alors que les banques ont cessé le conseil en investissement, les assureurs continuent à évaluer les conséquences de la réforme de la distribution des produits financiers.

Il y a encore un an, la communauté financière britannique s’accordait à penser que l’introduction de la retail distribution review (RDR) présentait une chance. Dans ses grandes lignes, cette réforme, entrée en vigueur le 31 décembre dernier, met fin au commissionnement des conseillers financiers indépendants, les fameux IFA (independant financial advisers), de la part des fournisseurs de produits financiers et impose un niveau de formation plus élevé à ces professionnels. Grâce à cette législation, le régulateur espère réduire les pratiques de ventes abusives et améliorer la transparence du secteur. Depuis le début de l’année, ces conseillers, qui assurent 80 % des ventes de produits d’assurance-vie outre-Manche, doivent négocier en amont leurs commissions avec le client final.

Conséquence de cette législation, le nombre de conseillers a déjà été réduit de quelque 13 % depuis l’été 2012. « Un certain nombre de ces conseillers ont pris leur retraite, explique Kevin Ryan, analyste d’Investec, tandis que d’autres, en particulier des indépendants nichés dans des bureaux minuscules dans les centres-villes - un phénomène typiquement britannique - ont jugé que ce nouveau système de compensation ajouté à la nécessité de se former présentait plus de défis que d’avantages ». Les principaux fournisseurs de produits financiers n’ont pas non plus attendu l’entrée en vigueur de la loi pour réagir : « Nous avons été très surpris de constater la réduction des fournisseurs de produits financiers au sein des agences bancaires, rapporte Antonello Aquino, analyste chez Moody’s. De nombreuses banques ont décidé de cesser de fournir des conseils financiers ou ont limité leurs services à leurs segments de clientèle les plus aisés. L’importance de ce mouvement n’avait pas été anticipée. »

Question de rentabilité

En janvier 2011, Barclays a été la première banque à annoncer son retrait de cette sphère, suivie peu après par Lloyds qui a décidé de ne se concentrer que sur sa clientèle à plus forte valeur ajoutée. En mars, Santander UK a également rejoint ce mouvement en annonçant la fermeture de son unité de conseils en investissements. « Les coûts de mise en conformité aux normes de la RDR ont probablement été jugés trop importants par ces établissements », poursuit l’analyste. Un ancien rapport signé Ernst & Young mettait en évidence que pour être rentables, les banques devraient facturer leurs conseils en investissement au moins 200 livres par client à compter du 1er janvier 2013, soit beaucoup plus que la fourchette de 50 à 150 livres pratiquée par les IFA avant la fin du commissionnement…

Si les banques ont tranché, les assureurs restent beaucoup plus divisés sur l’impact de cette réglementation. La division britannique du géant de l’assurance Axa a décidé de mettre un terme à ses opérations de conseil en investissements au sein des agences de ses partenaires bancaires Co-Operative Bank, Clydesdale et Yorkshire, entraînant de ce fait la suppression de 450 emplois. Le conseil en investissements sera assuré par les centres d’appels de l’assureur. De son côté, l’assureur Aviva, qui a cessé de rémunérer ses conseillers financiers fin 2012, tend à minimiser l’impact de la RDR : « La suppression du commissionnement affecte seulement 18 % des ventes d’assurance-vie en valeur d’Aviva, précise un porte-parole du groupe. Notre modèle de distribution diversifié nous permet d’être moins exposé qu’un certain nombre de nos pairs. »

D’autres assureurs restent néanmoins bien placés pour bénéficier de l’introduction de cette nouvelle règle : Standard Life, Prudential mais aussi Legal & General ont réduit ou cessé de payer des commissions aux conseillers financiers depuis déjà quelques années, ce qui les positionne favorablement dans un environnement post-RDR. Dans l’intervalle, les experts s’attendent à une baisse momentanée des volumes des nouvelles affaires cette année et en 2014 dans le secteur de l’assurance-vie : « Avant l’introduction de la RDR, le taux de résiliation de contrats permettait un dynamisme plus important des nouvelles affaires, rappelle Kevin Ryan. Seuls 40 % des produits de retraite demeuraient alors entre les mains du même fournisseur lors des renouvellements. » L’attitude de l’investisseur final risque aussi d’évoluer à la faveur d’une plus grande autonomie dans les choix de ses produits financiers. Sans surprise, la plupart des assureurs ont d’ores et déjà simplifié leurs produits afin de permettre une meilleure lisibilité de leur offre.

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