Des filiales de LLD dépendantes des choix des banques

le 24/05/2012 L'AGEFI Hebdo

La prudence des loueurs sur l’avenir de leur activité est alimentée par des rumeurs de cessions.

La rentabilité n’est pas en question puisque « la LLD figure parmi les produits les plus rentables pour les banques », confirme le Syndicat national des loueurs de voitures en longue durée.

Ce sont des bruits récurrents : les banques auraient des projets de cessions imminentes pour leurs filiales de LLD (location longue durée). Et ils désignent les leaders de la location multimarque en Europe - tels que Arval, du groupe BNP Paribas, ou ALD Automotive, dont la maison mère Société Générale a annoncé un plan qui vise notamment les services financiers spécialisés. « C’est vrai qu’il y a des rumeurs, confirme Daniel Rigal, directeur général du Syndicat national des loueurs de voitures en longue durée (SNLVLD). Mais la vraie question est de savoir s’il y aura des acheteurs, car on ne parle pas de petites valorisations. Et si ces opérations doivent se faire, ce ne sera pas pour des questions de rentabilité, puisque la LLD figure parmi les produits les plus rentables pour les banques. Il s’agira d’un choix stratégique de conserver ou pas des services associés. »

Les résultats du secteur sont en effet bien orientés. Pendant que les constructeurs automobiles enregistrent une chute de 21,8 % des immatriculations de véhicules neufs au premier trimestre 2012, les acteurs de la LLD affichent, eux, une légère croissance de 1,1 % du parc total géré, les achats de véhicules ayant progressé de 11,1 %. En outre, l’accès au financement ne semble pas constituer un problème, pour l’instant. « Personne ne mentionne de difficultés existantes, confie Daniel Rigal. En revanche, j’entends effectivement parler d’éventuels problèmes à venir, notamment avec l’arrivée de Bâle III. Les nouveaux ratios bancaires vont en effet obliger les banques à mieux provisionner leurs fonds propres, ce qui aurait pour conséquence de raréfier les encours de crédits. » En attendant, le coût du refinancement reste un sujet que les professionnels abordent avec prudence. « Si la tendance se confirme, elle pourrait nous amener à répercuter cet élément dans les tarifs facturés à nos clients, anticipe Philippe Noubel, directeur général délégué d’Arval. Cela étant dit, les taux d’intérêt sont à des niveaux historiquement bas. Ce qui permet à notre maison mère BNP Paribas d’obtenir des conditions tarifaires tout à fait compétitives. Finalement, l’impact resterait donc relativement modeste pour nos clients et nos résultats. »

Vers d’autres sources de financement

Chez ALD Automotive, qui se refinance aussi auprès de sa maison mère Société Générale, on n’observe pas davantage de tensions sur le marché, « mais nous n’excluons pas d’autres formules, admet Jean-François Chanal, directeur général d’ALD Automotive France. Nous sommes en train d’étudier d’autres sources de financement. » Cette volonté a déjà été suivie d’effet chez LeasePlan, codétenue par Volkswagen et Fleet Investments B.V., filiale d’investissement de la banque allemande Friedrich von Metzler. « En ce qui nous concerne, explique Nicolas Guérin, son directeur administratif et financier, nous ne sommes pas inquiets car nos quatre leviers de financement -  des émissions en euros, la titrisation, le crédit interbancaire et un livret d’épargne pour les particuliers - sont bien répartis. Et si d’aventure, l’un des robinets venait à se fermer temporairement, nous pourrions nous appuyer sur les trois autres. » Autre point surveillé de près par les loueurs : le marché du véhicule d’occasion (VO) qui, en 2011, a fait perdre en moyenne 400 euros sur les valeurs résiduelles. « Depuis le début de l’année, les valeurs résiduelles remontent tout doucement, relativise Daniel Rigal. Il s’agissait donc à mon sens d’une simple alerte. Et il faut savoir que les contrats actuels intègrent cette baisse tendancielle. On est donc très loin de la situation de 2008 où les loueurs avaient été obligés de provisionner des pertes comprises entre 800 et 1.000 euros par véhicule. » Chez LeasePlan, Nicolas Guérin l’atteste : « Comme tout le monde, nous suivons le marché du VO de très près. Mais nous dégageons toujours plus de 25 % de RoE (‘return on equity’), ce qui maintient notre profitabilité à un très bon niveau. » Ce seul critère pourrait constituer une motivation à racheter des activités de certains grands acteurs du marché. Outre-Rhin, des constructeurs automobiles comme Volkswagen ou BMW ne cachent pas leurs ambitions, ce dernier ayant d’ailleurs finalisé l’achat d’ING Car Lease en décembre dernier. Quant à LeasePlan, il pourrait passer à l’offensive. « Notre actionnaire cherche à investir dans les pays où la profitabilité est la plus grande, indique Nicolas Guérin. La France étant le deuxième pays en termes de rentabilité au sein du groupe, notre maison mère nous a fait plusieurs fois passer le message que si nous avions une opportunité de taille moyenne ou grande, il n’y aurait pas de problème pour financer l’acquisition. »

A lire aussi