Export, les banques s’adaptent à Bâle 3

le 21/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Après avoir réduit la voilure, elles repensent leurs offres pour capter une clientèle à plus fort potentiel.

Marchandises à l’embarquement dans le port du Havre.

Plus coûteux en termes de liquidité, le financement export est globalement réduit par les banques en perspective de Bâle 3. Pourtant, les entreprises françaises ont besoin de se développer à l’international. Ciblant plus spécifiquement les PME (voir le graphique), les pouvoirs publics se sont donc saisis du sujet. CDC Entreprises, apporté à la Banque publique d’investissement (BPI), a présenté en début de mois le label « Export », destiné aux fonds d’investissement de son réseau soutenant les entreprises françaises qui souhaitent accéder aux marchés étrangers. Dans ce cadre, le programme FSI France Investissement 2020 ouvre une enveloppe de 150 millions d’euros consacrée aux fonds sélectionnés. « Les investisseurs financiers sont en quête de rentabilité, qu’il faut parfois aller chercher dans les zones émergentes, estime Philippe Braidy, président de CDC Entreprises. Le support que nous sommes en train de créer peut se révéler intéressant pour ces investisseurs en attente de rendement. » Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, a parallèlement lancé une évaluation des dispositifs de soutien à l’internationalisation des entreprises en vue de les rendre plus lisibles. Les conclusions sont attendues fin juin.

Garantie requise

De leur côté, « les banques recourent à des solutions sécurisées (lettres de crédit, cautionnement, cautions Coface...), rendant certains financements plus difficiles », constate Jean-Mathieu Sahy, président du fonds Capital Export. La garantie constitue en effet dans la majorité des cas un préalable à ce type de financement. Chez Société Générale, « le crédit export vise à financer les exportations de biens d’équipement garanties dans la plupart des cas par un assureur public », confirme Pierre Palmieri, responsable des activités de financement chez SG CIB, ajoutant regarder « au cas par cas et à des conditions différentes les financements non garantis ». Une fois le sésame garantie obtenu, « face à la prise de conscience de 'l'impératif international' comme vecteur de croissance, voire de pérennité chez leurs clients, certains réseaux bancaires souhaitent saisir cette opportunité », note Jean-Mathieu Sahy. Selon la dernière enquête semestrielle de conjoncture PME d’Oséo publiée fin janvier, face à une décélération globale de l’activité, « seules les entreprises très exportatrices ont conservé une croissance significative avec une hausse de 3,9 % de leur chiffre d’affaires » l’an passé. S’appuyant sur le baromètre Euler Hermes, qui souligne que « la France est le pays d’Europe qui a affiché la plus faible croissance de ses exportations en valeur et en volume depuis 2009 », HSBC a annoncé fin janvier le renforcement de son offre dédiée en France. La banque a décidé d’allouer un milliard d’euros supplémentaire pour financer les exportations, ainsi que le développement des PME françaises à l’international, portant l’enveloppe globale à 2 milliards d’euros cette année. « Cette enveloppe se déploie au-delà de nos espérances », indiquait début mars Miguel Barrieras, directeur du marché des entreprises chez HSBC France, à l’occasion de la présentation des résultats annuels de la banque. « Nous souhaitons qu’elle soit complémentaire et non concurrente », des actions prises dans le cadre de la future BPI, a-t-il poursuivi, ajoutant travailler en partenariat avec Oséo, Ubifrance et Coface. Pour accompagner ses clients, HSBC a également mis en place une équipe de responsables dans vingt pays clés et formé des chargés de clientèle à travers l’Hexagone.

Chez Société Générale, l’offre de financement export est désormais plus ciblée. « Nous avons maintenu nos engagements sur notre cœur de marché, les exportateurs français et européens. Nous continuons d’accompagner nos clients américains et asiatiques de manière sélective, notamment dans le cadre des grandes opérations consortiales », explique Pierre Palmieri, ne divulguant toutefois aucun chiffre. Selon des données issues des documents de référence de Société Générale et de BNP Paribas, les crédits à l’exportation accordés à l’échelle mondiale ont enregistré l’an passé un recul de 5,7 % à 10,8 milliards d’euros chez la première et une baisse de 6,9 % à 15,9 milliards chez la seconde. « Pour faire face à la crise et aux contraintes réglementaires, nous mettons en place des solutions telles que la syndication auprès d’un panel plus large d’investisseurs, bancaires et d’institutionnels, la revente sur le marché secondaire ou la mise en place de structures permettant de monétiser ce financement », détaille Pierre Palmieri. A l’image de HSBC, Société Générale entend également inscrire son activité export aux côtés de la BPI, espérant signer d’ici à l’été une convention de partenariat spécifique avec Oséo sur le financement du commerce international.

Pénalisées par Bâle 3, certaines banques françaises parviennent finalement à composer avec le futur environnement réglementaire en faisant évoluer leur offre.

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